Après avoir dirigé le Hydrogen and Fuel Cell Technologies Office du département américain de l'Énergie, ?Sunita Satyapal vient de créer le GIHF : Global Institute for Hydrogen and Fuel Cells
Elle a quitté ses fonctions en avril 2025, alors que l'administration Trump, via son département de l'efficacité gouvernementale, taillait dans les budgets et les effectifs des programmes fédéraux. Le recul américain sur l'hydrogène s'est depuis confirmé, avec notamment l'abandon de plusieurs hubs hydrogène régionaux et un effondrement des ventes de camions zéro émission outre-Atlantique.
Titulaire d'un doctorat en chimie physique de l'université Columbia, la nouvelle présidente du GIHF a également présidé l'IPHE, le partenariat intergouvernemental réunissant plus de 25 pays et la Commission européenne, et copiloté des initiatives hydrogène sous le Clean Energy Ministerial et Mission Innovation.
Un casting international de premier plan
La liste des collaborateurs et conseillers publiée par l'institut rassemble une grande partie des figures institutionnelles de la filière mondiale.Côté français, on retrouve Laurent Antoni, directeur exécutif de l'IPHE et expert hydrogène au CEA, ainsi que Pierre-Étienne Franc, cofondateur et directeur général de Hy24, la plateforme d'investissement qui gère le fonds Clean Hydrogen Infrastructure de 2 milliards d'euros, et ancien vice-président hydrogène d'Air Liquide. Bruno Pollet, professeur à l'Université du Québec à Trois-Rivières et vice-président exécutif de l'International Association for Hydrogen Energy, complète la présence francophone.
L'Europe est également bien représentée avec Luigi Crema, président de Hydrogen Europe Research, qui a salué publiquement la création de l'institut en estimant que l'innovation hydrogène ne peut pas progresser de manière isolée. Figurent aussi Klaus Bonhoff, ancien directeur général de NOW GmbH et haut responsable au ministère allemand des Transports, Christopher Hebling du Fraunhofer ISE, Javier Brey, président de l'association espagnole de l'hydrogène, et David Hart, responsable hydrogène mondial d'ERM.
Le Japon apporte Eiji Ohira, ancien directeur du bureau hydrogène de NEDO aujourd'hui chez Kawasaki Heavy Industries, Katsuhiko Hirose, ancien cadre de Toyota et membre fondateur du Hydrogen Council, ainsi que Kazunari Sasaki de l'université de Kyushu. S'y ajoutent Ivana Jemelkova, directrice générale du Hydrogen Council, Frank Wolak, qui préside l'alliance mondiale des associations industrielles, et Noé van Hulst, vice-président de l'IPHE et conseiller hydrogène de l'Agence internationale de l'énergie.
Sur le plan technique, l'équipe comprend notamment Rajesh Ahluwalia, longtemps responsable de la modélisation des systèmes hydrogène au laboratoire d'Argonne, David Peterson, ancien du DOE où il pilotait un programme d'électrolyse d'un milliard de dollars, et Shanna Knights, qui a dirigé la recherche chez Ballard Power Systems.
Un programme encore à écrire
Sur le jeune site du GIHF, la page consacrée aux initiatives recense quatre axes dont un seul est daté : un forum sur l'innovation prévu pour 2027. Les trois autres, recueil structuré des priorités scientifiques auprès des parties prenantes, engagement communautaire et activités additionnelles, sont annoncés comme à venir.Aucun financement n'est communiqué, aucune équipe salariée ne figure au-delà de la présidente et d'un spécialiste financier, et le site lui-même reste au stade de la vitrine. Les structures de ce type dépendent entièrement de leur capacité à sécuriser des ressources sans compromettre l'indépendance qu'elles revendiquent, équation d'autant plus délicate pour une organisation qui se veut à la fois non gouvernementale et non commerciale.
Reste que la création de la structure intervient à un moment loin d'être anodin. Alors que les soutiens publics américains se contractent et que l'Europe peine à transposer son cadre réglementaire, la filière manque de lieux d'échange scientifique neutres, distincts des associations industrielles et des agences nationales. C'est précisément le créneau que vise le GIHF. Sa crédibilité se jugera sans doute moins à la qualité de son carnet d'adresses qu'à sa capacité à produire des données et des analyses que la filière ne trouve pas ailleurs.

