Organisme national de promotion de la filière, l’association française pour l’hydrogène et les piles à combustible, devenue France Hydrogène le 7 octobre dernier, s’apprête à accompagner un bouleversement majeur en matière d’énergie et de mobilité. Son président, Philippe Boucly, explique.
Une mission
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Nous avons la conviction d’être à l’aube d’une nouvelle ère. Cette décennie sera celle de l’hydrogène. Notre mission est de développer une filière française compétitive de l’hydrogène. En 2 mots, ‘France’ et ‘hydrogène’, le nouveau nom présente très bien notre association, marquant notre implication nationale et évoquant notre rôle de promotion de l’hydrogène », explique Philippe Boucly. «
Avec cette appellation plus parlante, je n’ai plus besoin d’expliquer lors de mes interventions la signification de l’acronyme AFHYPAC que nous utilisions jusque-là », poursuit-il.
Du manifeste à la stratégie française de l’hydrogène
Dotée d’une enveloppe de 7 milliards d’euros, «
la stratégie française pour l’hydrogène, révélée le 8 septembre dernier, est un programme à la fois ambitieux et cohérent. Il correspond à notre vision, consignée sous la forme d’un manifeste et présentée le 21 juillet 2020. Les grandes lignes de notre feuille de route ont été reprises », se réjouit Philippe Boucly. «
A horizon 2030, nous avions indiqué un objectif de 300.000 utilitaires légers et taxis fonctionnant à l’hydrogène et, en reprenant les chiffres de la plateforme automobile, 5.000 poids lourds », commence-t-il à chiffrer. « Pour 2024, nous envisageons 1.000 bus hydrogène. Déjà une vingtaine de villes sont favorables à ce programme et nous recensons des intentions de commandes pour 400 autobus », souligne-t-il. «
Dans notre projection, nous avons estimé un besoin d’un millier de stations de ravitaillement en France pour 2030 », ajoute notre interlocuteur.
Des bateaux, des trains et des avions aussi…
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Nous avions aussi planifié 1.000 bateaux alimentés à l’hydrogène. Pas des porte-conteneurs, mais des navettes entre les îles, des bateaux de service offshore et des bateaux de pêche », chiffre encore Philippe Boucly. «
Pour des modèles à faible puissance, inférieure à quelques mégawatts, le groupe motopropulseur embarquerait une pile à combustible associée à des réservoirs contenant de l’hydrogène comprimé, voire liquide. Pour des navires plus importants, il faut un produit plus dense ; nous pensons à l’ammoniac, également utilisé dans l’agriculture », complète-t-il.
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Il faut penser à l’usage, à la production, à créer une chaîne logistique. Il y a de multiples formes d’utilisation de l’hydrogène pour la mobilité. Pour les avions, par exemple, est-ce de l’hydrogène liquide ou de kérosène obtenu avec de l’hydrogène renouvelable qui servira à les faire voler ? », interroge-t-il. «
Ce sont aussi 250 trains qui pourraient fonctionner à l’hydrogène d’ici 2030. Alstom a développé son modèle qui roule déjà dans plusieurs pays. Une version pour la France est attendue pour 2022-2023 », rappelle le président de France Hydrogène. «
En France, il y a eu de gros achats de rames dans les années 1980 et 1990. C’est un millier de trains qui vont devoir être renouvelés en 10 ans à partir de 2028, soit une centaine par an », calcule-t-il.
3 priorités
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La stratégie française pour l’hydrogène comprend 3 axes. En plus de développer une mobilité lourde décarbonée, il s’agit aussi de rendre plus vertueuse l’industrie en faisant émerger une filière française de l’électrolyse. En 2030, les besoins en électrolyseurs, incluant les parts pour la mobilité et l’industrie, seront de 7.000 MW. McPhy est très présent à ce niveau », expose Philippe Boucly. «
La 3e priorité est de développer l’excellence française en matière de recherche afin de conserver notre haut niveau en la matière et de bénéficier des compétences futures nécessaires. Des appels à projets, notamment pour disposer de briques technologiques, vont y contribuer », rapporte-t-il.