Animateur de formation en gaz (GPL, GNV, hydrogène) et sapeur-pompier volontaire expert, Marc Mouthon explique aux lecteurs de H2-Mobile son ressenti sur l’incendie des sept autobus à hydrogène qui circulaient sur le Territoire de Belfort pour le réseau Optymo.
Jeudi 2 janvier 2025, les riverains du dépôt d’autobus de Danjoutin, en périphérie de Belfort, ont été réveillés très tôt par le bruit des flammes, le sifflement dû à l’évacuation de l’hydrogène, et diverses détonations. Vers 4 h 00 et pendant environ deux heures, les habitants domiciliés à proximité du site ont été confinés chez eux en raison des risques potentiellement élevés de toxicité causée par les fumées. Dans ce coup dur pour le Syndicat mixte des transports en commun du Territoire de Belfort, propriétaire de cette flotte, plusieurs bonnes nouvelles : la station d’avitaillement n’a pas été touchée et les réservoirs hydrogène n’ont pas explosé.
Sur l’ensemble des sept Van Hool A12 LF FC 12 mètres qui ont été mis en circulation pour le réseau Optymo en 2023, les contenants sont au nombre de cinq au niveau du toit, pour une capacité totale de 40 kilos d’hydrogène par véhicule. Le territoire a programmé l’arrivée au second semestre de la présente année 2025 de huit articulés Urbino 18 H2 au catalogue de Solaris. Quelle suite pour les bus incendiés alors que des modèles diesel assurent désormais les dessertes et que le constructeur belge Van Hool a été liquidé en 2024 ?
Le GPL avant l’hydrogène
Si nous avons demandé son avis à Marc Mouthon concernant l’incendie des autobus hydrogène du réseau
J’ai brûlé neuf bus dont sept GNV avec le colonel Serge Delaunay et le capitaine Sébastien Cardou, ainsi qu’un bus GPL et un diesel. J’ai également incendié trois Renault Kangoo à hydrogène dont deux en milieu confiné. J’ai participé à des tests de comportement au feu de plusieurs réservoirs hydrogène à 350 et 700 bars, et effectué plusieurs brûlages de véhicules ‘hydrogénés’ lors de mes formations de pompiers ».
L’expert formateur a déjà eu l’occasion d’intervenir sur le parc des autobus du Territoire de Belfort. En 2007, la création du réseau
J’ai assisté Butagaz et MAN lors de la mise en service des bus GPL. A l’époque, nous avions fait une petite présentation au service de secours de Belfort ».
Etre précurseur dans les énergies alternatives est particulièrement courageux en raison des potentiels problèmes découverts au démarrage : «
Lors de la démonstration d’avitaillement, j’avais remarqué ce nuage de gaz qui s’échappait au décrochage des pistolets. A l’année, cela aurait représenté facilement 1 000 kilos de pollution envoyés dans l’air. J’ai travaillé avec MAN à Paris sur le sujet. Le pistolet GPV14 a alors été adopté. Il supprime ces dégagements intempestifs ».
Expert en gaz, Marc Mouthon apporte un éclairage inédit sur l'incendie des
bus à hydrogène de Belfort, survenu le 2 janvier 2025.
« Les dispositifs de sécurité ont parfaitement fonctionné »
Lors de l’incendie des autobus à hydrogène ce 2 janvier 2025, les riverains, dont certains témoignent avoir senti les murs de leurs maisons trembler, ont pu imaginer à tort que les réservoirs H2 avaient explosés. Tout comme ce vendredi 2 juillet 2021 lorsqu’un
bus GPL a pris feu à Belfort, boulevard Richelieu. Les passagers et le conducteur avaient tous pu sortir à temps.
Par précaution, les bâtiments aux alentours avaient été évacués. Les soupapes de sécurité avaient bien joué leur rôle, mais des détonations avaient été aussi entendues, attribuées à l’éclatement des pneus et des coussins de suspension du véhicule. Avant cela, d’autres autobus fonctionnant au GPL avaient déjà été incendiés. Ainsi le 6 janvier 2020 vers 5 h 30, au dépôt de
Concernant les sept bus à hydrogène, Marc Mouthon confirme : «
Les réservoirs n’ont pas éclaté et les dispositifs de sécurité ont parfaitement fonctionné. Les détonations perçues par les riverains peuvent avoir plusieurs origines. Il y a déjà l’éclatement des pneus, et éventuellement les réserves d’air dans les véhicules. Une tuyauterie est chargée de purger le système. L’allumage des torchères chargées de brûler l’hydrogène contenu dans les réservoirs peut aussi provoquer de petites détonations, toutefois pas plus fortes qu’un ballon de baudruche. En tout cas, pas de quoi faire trembler les murs des habitations ».