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Des poids-lourds en cours de conversion à l'hydrogène chez e-Néo

Des poids-lourds en cours de conversion à l'hydrogène chez e-Néo
Président de la branche Maintenance - Vente, et en charge des questions liées à l’électromobilité pour la Fédération nationale de l’artisanat automobile (FNA), Jérémy Cantin est aussi le dirigeant de l’entreprise vendéenne e-Néo qui s’active actuellement au rétrofit électrique à PAC H2 d’un Scania G440 et d’un DAF XF 105.460.
 

8 ans de service

Au bout de 8 ans de service, les 2 tracteurs routiers 44 tonnes ont déjà avalé entre 500.000 et 800.000 kilomètres. Plutôt que d’acquérir des exemplaires neufs pour les remplacer, les 2 transporteurs auxquels ils appartiennent ont préféré leur donner une seconde vie avec un groupe motopropulseur électrique.

« Finies les casses moteur, terminé le complément en AdBlue à surveiller, et la possibilité de récupérer les éléments du la conversion pour transformer des modèles plus récents au bout de quelques années » : tels sont quelques-uns des principaux avantages de la formule mis en avant par le dirigeant d’e-Néo.
 

Pack lithium-ion + Pile H2

« Au départ, ces camions devaient être équipés uniquement d’un pack lithium-ion 450 V pour effectuer de petites distances », rapporte Jérémy Cantin. Leur autonomie aurait été de l’ordre de 100-120 kilomètres. « Les 2 projets ont ensuite évolué vers des camions capables d’assurer des liaisons départementales ou régionales. Le rayon d’action sera d’environ 400 kilomètres, pour une consommation moyenne de 10 kilos d’hydrogène pour 100 kilomètres », chiffre notre interlocuteur.

Chacun de ces tracteurs routiers sera donc équipé de réservoirs pouvant embarquer au moins 40 kg de gaz comprimé en tout. Ils recevront également une batterie de 50 à 70 kWh de capacité énergétique. Le fondateur d’e-Néo indique que ce pack fournira principalement « l’électricité nécessaire au fonctionnement des équipements à air comprimé, comme le système de freinage, et à la direction assistée hydraulique très énergivore ».
 

Boîte mécanique robotisée

C’est Symbio, la coentreprise détenue à parts égales par Faurecia et Michelin, qui fournira les piles à combustibles. Pour l’instant, l’équipe de e-Néo est en train de coupler les moteurs électriques neufs à leur boîte de vitesses d’origine respective.

« Pour un camion, conserver la boîte mécanique robotisée prend tout son sens, afin de tirer la charge toujours dans les meilleures conditions », justifie Jérémy Cantin. Cette opération est en cours de réalisation dans l’atelier de 1.400 m2 de l’entreprise installée aux Brouzils, à une trentaine de kilomètres au Nord de la Roche-sur-Yon. A l’écart des yeux indiscrets, le bâtiment abrite également 300 m2 de bureaux et une mezzanine de stockage de 800 m2.


 

Soutien à l’économie locale

Chauffé par aérothermie pour les bureaux et au gaz naturel pour l’atelier et la mezzanine de stockage, le bâtiment isolé double peau abritera une activité grandissante qui participera au développement de l’économie locale. A ce titre, la communauté de communes du Pays-de-Saint-Fulgent-les-Essarts, dont dépendent Les Brouzils, a permis à Jérémy Cantin de disposer du site - reposant sur un terrain d’un hectare - via un crédit bail immobilier.

L’entreprise e-Néo, qui convertit également à l’électrique à batteries des utilitaires légers et des voitures particulières parfois très anciennes, ne travaille qu’avec des professionnels et des garagistes. Les particuliers peuvent cependant solliciter Brouzils Auto, également dirigé par notre interlocuteur, qui effectuera tout le travail de restauration et/ou de préparation à réaliser en amont de la conversion.
 

50 camions par an

Tant que la légalisation du rétrofit n’est pas actée, e-Néo fonctionne avec un effectif réduit de 4 personnes, déjà multiplié par 2 par rapport au programme initial de développement.

« Dans 5 ans, je pense que nous devrions être une douzaine », commente Jérémy Cantin qui prévoit de convertir, pour différents transporteurs, ses 50 premiers camions dans les 2 ans, soit 1 tous les 15 jours en moyenne. « Nous aurons consacré au premier exemplaire environ 6 mis en développement », compare notre interlocuteur.
 

Démonstrateur

En quelque sorte, les Scania G440 et DAF XF 105.460 actuellement en cours de conversion chez e-Néo sont des démonstrateurs. « Au moins l’un des 2 pourra fonctionner sur sa batterie lors du prochain Vendée énergie Tour programmé au début du mois de juin 2020, puis quelques mois plus tard avec sa pile hydrogène », assure Jérémy Cantin.

Plus globalement, le rétrofit électrique à PAC H2 s’inscrit dans le programme vendéen de développement d’hydrogène vert via 2 éoliennes implantées sur la commune de Bouin et qui comprend l’ouverture d’une station locale d’avitaillement. L’Europe participe au financement à travers son outil Life de soutien à des projets menés dans les domaines de l’environnement et du climat.


 

L’hydrogène plutôt que le GNV

« Chez e-Néo, notre première volonté est d’être à l’écoute des exploitants des véhicules lourds », commence à expliquer Jérémy Cantin. « Les 2 transporteurs qui nous ont chacun confié un camion à convertir avec un groupe motopropulseur électrique à pile hydrogène ne croient pas à l’intérêt de la propulsion au GNV. En revanche, ils sont avec nous pour développer la mobilité H2 », complète-t-il.

Cette architecture était-elle depuis le départ prévue dans les travaux menés par la direction générale de l’Energie et du Climat (DGEC) qui dépend du ministère de la Transition écologique et solidaire ? « Oui, le texte pour la légalisation du rétrofit électrique avait été voulu très large dès le départ », nous répond le fondateur d’e-Néo.
 

Perspectives

« Quand des tracteurs routiers à l’origine diesel auront eu une durée de vie doublée grâce au rétrofit, ils pourront servir de banques de pièces détachées. Le futur cadre législatif prévoit de pouvoir réimplanter les groupes motopropulseurs électriques encore en état sur d’autres exemplaires plus récents des mêmes modèles de véhicules », insiste Jérémy Cantin. « Dès que nous maîtriserons la conversion des poids lourds, nous pourrons la transposer à d’autres types de véhicules de gabarits et de puissances similaires », envisage t-il.

Alors que les entreprises du BTP se désolent de perdre leur avantage fiscal sur le gazole non routier, et que les constructeurs dédiés ne proposent que peu de modèles électriques à leurs catalogues, le dirigeant de e-Néo se dit prêt à travailler sur des pelleteuses et chargeuses, mais aussi sur des machines agricoles. Des moissonneuses-batteuses, par exemple.
 
H2-Mobile et moi-même remercions Jérémy Cantin de nous avoir ouvert les portes de son entreprise e-Néo.