Dans ce second volet consacré au webinaire sur la mobilité aérienne et maritime H2 programmé par la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, Eric Delobel livre la vision de Vinci sur la migration des aéroports en hubs hydrogène.
Une politique environnementale qui repose sur 3 piliers
Directeur technique de Vinci Airports, Eric Delobel a rappelé que son entreprise exploite actuellement 45 aéroports, et bientôt 52, sur 3 continents et 12 pays. En 2019, avant la pandémie actuelle de coronavirus, ce sont plus de 250 millions de passagers qui sont passés par ces sites.
Cette position de leader dans les opérations aéroportuaires autorise la filiale de Vinci Concession à mener le pas de la transition énergétique dans le secteur. Depuis 2016, elle développe une politique environnementale qui repose sur 3 piliers : le carbone et les énergies, l’économie circulaire, et la protection des milieux naturels. « Sur nos réseaux et sur nos périmètres, nous avons l’ambition de réduire de 50 % les émissions de CO2 d’ici 2030 et d’être neutre en carbone à horizon 2050 », à mis en avant Eric Delobel.
Une vision partagée des enjeux stratégiques
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Nous, les acteurs du transport aérien, nous avons une vision totalement partagée des enjeux stratégiques pour le décarboner », affirme le directeur technique de Vinci Airports. D’où un travail collectif sur le sujet entre les compagnies aériennes, les constructeurs d’avions et les opérateurs aéroportuaires. Cette démarche a permis d’aboutir à une stratégie commune.
En 2050 pour l’Europe et 2060 pour le monde, le transport aérien devra être entièrement décarboné. Pour tenir cet objectif, tous ces acteurs vont avoir à actionner des leviers technologiques, énergétiques, et opérationnels.
21 % d’hydrogène en 2050
Concrètement, les avions et les moteurs vont bénéficier de progrès technologiques, les trajectoires aériennes vont devoir être améliorées, le temps de roulage des avions au sol sera réduit, et les carburants alternatifs se déploieront.
Selon la feuille de route présentée par Eric Delobel, la décarbonation du secteur aérien européen pour 2050 repose à 21 % sur l’hydrogène et 34 % sur les carburants durables. Concernant ces derniers, Vinci Airports a été pionnier, en délivrant ces produits pour la première fois à l’aéroport de Clermont-Ferrand.
Les enjeux identifiés
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L’arrivée de l’hydrogène sur une plateforme aéroportuaire, c’est une véritable révolution technologique », a indiqué le directeur technique. Son entreprise a identifié 4 types d’enjeux à relever à ce sujet : réglementaires, techniques, opérationnels et économiques. Afin d’assurer la sécurité des usagers et des riverains, les aéroports sont des espaces très réglementés par des dispositions très précises. «
L’arrivée de la molécule d’hydrogène, que ce soit sous la forme gazeuse ou la forme liquide, va rebattre les cartes », souligne Eric Delobel. Le temps presse pour adapter le cadre réglementaire, puisque le gaz H2 devrait commencer à arriver dans les aéroports en 2025-2030.
Volet technique
Les enjeux techniques sont de 3 natures concernant les aéroports.
Il faudra tout d’abord s’assurer qu’ils seront capables d’accueillir les nouveaux avions, comme ceux qui seront dérivés des concepts présentés par Airbus. Les contrôles porteront sur le poids, les dimensions, et l’interaction entre les aéronefs et le terminal.
Les sites devront également être en mesure de stocker l’hydrogène, que ce soit sous la forme gazeuse ou liquide, en plus de l’actuel Jet A-1, et des carburants durables à venir.
« Il faut qu’on puisse accueillir sur nos plateformes aéroportuaires, pendant un temps relativement long, trois types de carburants », a averti Eric Delobel.
Le dernier challenge : maintenir l’
hydrogène liquide à -253° C depuis l’espace de stockage jusqu’aux réservoirs des avions. Il sera nécessaire d’éliminer tous les risques de vaporisation qui alourdiraient au final le rendement de cette solution.
Enjeux opérationnels
Le principal défi opérationnel à relever au sujet de l’hydrogène, c’est de parvenir à conserver un temps maximum de 30 minutes pour effectuer un aller et retour sur les plateformes aéroportuaires. Sur cette plage, les passagers à l’arrivée et leurs bagages doivent être descendus, les nouveaux voyageurs embarqués, et le plein en carburant effectué. Il s’agit là d’une exigence formulée dans leur cahier des charges par nombre de compagnies aériennes, en particulier low cost. Certaines exigent un timing encore plus serré entre 20 et 25 minutes.
En partant du principe que ces opérations pourraient effectivement toutes être réalisées dans ce délai, les autorités en charge de la réglementation doivent encore apporter leur aval sur la possibilité d’effectuer le plein en carburant hydrogène pendant le transfert des occupants. A défaut, la compétitivité des plateformes aéroportuaires serait dégradée.
Enjeux économiques
La question qui intéresse les compagnies aériennes, c’est : A quel tarif sera vendu l’hydrogène liquide ou gazeux dans les aéroports ? «
Nous nous devons de travailler sur des infrastructures pour pouvoir produire, distribuer, et servir cette molécule hydrogène à un prix tout à fait compétitif », a commenté Eric Delobel.
C’est pourquoi Vinci Airports s’active sur le sujet en direct avec les gaziers. Un point qui est de nature à améliorer le coût de l’hydrogène vert, c’est le fait de devoir baisser l’empreinte carbone globale des plateformes aéroportuaires. Et ce aussi bien au niveau des émissions directes (scope 1), que des autres besoins en énergie sur place (scope 2), et des rejets indirects (scope 3). Les infrastructures de livraison en carburant H2 dans les aéroports ne pourront donc pas se limiter aux seuls pleins des réservoirs d’avions.