Aviation H2 mise sur l'ammoniac liquide pour des vols à l'hydrogène décarboné

Aviation H2 mise sur l'ammoniac liquide pour des vols à l'hydrogène décarboné
Installée en Australie, la société Aviation H2 ambitionne d’être la première de son pays à construire un avion hydrogène. Elle vient de commencer à convertir un réacteur de taille réduite afin de démontrer que son choix d’un fonctionnement à l’ammoniac liquide est viable.
 

Collecte de données


 
Installés sur une palette en bois, le réservoir de quelques litres en plastique, la turbine Swiwin SW170b-2448 bloquée par 2 tasseaux, quelques bouts de tuyaux et de câbles, un petit écran et une diode clignotante laissent penser que de construire un avion hydrogène serait un jeu d’enfant. Une flamme s’échappe au départ, puis le jet se fait invisible alors que le microréacteur encaisse une vitesse de rotation qui grimpe vers les 120 000 tours par minute. Fermez les yeux : on s’attend à ressentir une poussée en amorce à un décollage.

Ce bricolage pourrait laisser perplexe. Mais pour Aviation H2 c’est très sérieux. Le bidon contenait un carburéacteur classique. Il serait impropre à recevoir de l’ammoniac liquide qui devrait être comprimé ou conditionné sous -33° C. Quel est dans ce cas l’intérêt de cette expérience ? Il s’agit de collecter des données qui serviront de points de comparaison avec celles obtenues lorsque la turbine sera gavée à l’hydrogène vert.


 

Du microréacteur…


 
Désormais, les ingénieurs d’Aviation H2 sont passés à l’étape d’adaptation du microréacteur, comme le montre une nouvelle vidéo publiée tout récemment sur Youtube. C’est le moyen de communication privilégié de l’entreprise australienne. Les 30 secondes rapportent en accéléré le démontage de la petite turbine. Des modifications sont actuellement en cours de réalisation pour qu’elle fonctionne à l’ammoniac liquide.

Les travaux actuels portent sur la stabilisation de la combustion de l’ammoniac, l’identification du bon rapport carburant-air pour réduire les oxydes d’azote, l’adaptation de la turbine au nouveau produit et aux réglages qui vont avec, et la pressurisation des réservoirs pour le conserver à l’état liquide. Une fois remontée, de nouveaux essais seront menés.

Premier résultat attendu : l’allumage du produit pour qu’il entraîne correctement le moteur. Tout le travail qui restera alors à réaliser devra permettre de le faire fonctionner à 100 % de sa capacité de façon sûre. Si le succès est bien au rendez-vous, le passage de toutes ces étapes confirmera l’étude de faisabilité bouclée plus tôt cette année.


 

…au Falcon 50

Et ensuite ? Aviation H2 a prévu d’acquérir un avion Falcon 50 de Dassault. Généralement exploité comme avion d’affaire à long rayon d’action, ce triréacteur a été construit jusqu’en 2007. Soit 28 ans après l’obtention de la certification pour ce modèle.

L’entreprise compte faire voler dès 2024 à l’ammoniac liquide son exemplaire de l’avion construit par Dassault. D’ici là, elle invite toutes les personnes intéressées par son programme Darter Bird à en suivre l’évolution sur sa chaîne Youtube qui sera régulièrement enrichie. Dans le courant de l’année prochaine, le Falcon 50 devrait endosser le statut de démonstrateur, prouvant déjà la viabilité du concept. Au fait, Darter Bird, qu’est-ce que c’est ? Appelé en français dard, anhinga, ou oiseau-serpent, c’est un oiseau d’eau tropical qui ressemble à un cormoran. Très présent en Australie, il plonge et nage. Ce qu’il vaudra mieux éviter de faire avec l’avion.
 

Pourquoi l’ammoniac liquide ?

C’est au bout d’une étude de faisabilité menée sur 3 mois dans le courant de la présente année 2022 qu’Aviation H2 a identifié l’ammoniac liquide comme meilleure voie sans carbone pour faire fonctionner un turboréacteur.

La molécule H2 était déjà centrale au lancement du projet en 2021, mais pourquoi retenir cette solution ? « Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l’ammoniac liquide a été choisi. Ses principaux avantages incluent une densité d’hydrogène gravimétrique et volumétrique élevée qui le rend plus léger et plus facile à transporter tout en offrant un taux de conversion d’énergie plus important », répond Helmut Mayer, directeur de l’entreprise basée à Sidney. « Le poids stocké de l’énergie de l’ammoniac liquide est nettement plus léger que l’hydrogène gazeux et peut être maintenu à une pression de réservoir beaucoup plus faible », complète-t-il.

Atteignant son point de liquéfaction plus rapidement, l’ammoniac anhydre est beaucoup plus simple à stocker que l’hydrogène liquide ou gazéifié. Par ailleurs, le produit est déjà exploité un peu partout dans le monde. Il bénéficie donc déjà de moyens de transport et de stockage qui lui sont adaptés. Ce qui le désigne naturellement comme un carburant décarboné très intéressant.
 

Méthode brevetable

Une fois que les travaux d’Aviation H2 auront abouti à une méthode viable pour convertir les avions à un fonctionnement avec de l’ammoniac liquide, l’entreprise en déposera le brevet pour une commercialisation. Plusieurs entreprises sont déjà intéressées, dont la compagnie aérienne FalconAir. Egalement installée à Sidney, elle se présente en leader mondial des vols charters spécialisés et de la gestion d’avions d’affaires, desservant l’Australie et la région Asie-Pacifique.

Son rapprochement avec Aviation H2 est stratégique pour les 2 parties. L’opérateur dispose par exemple d’une excellente expérience dans la gestion des avions de type Falcon 50, mais aussi d’un carnet d’adresses facilitant l’achat de l’exemplaire qui sera transformé en démonstrateur H2. FalconAir héberge déjà les travaux de la startup en mettant à disposition un hangar et ses licences d’exploitation. Il sera également un bon guide pour faciliter le processus d’approbation de la part des autorités aéronautiques. D’où un gain de temps sur la feuille de route.
 

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