Comment Vinci Autoroutes prépare l'arrivée de la mobilité hydrogène

Comment Vinci Autoroutes prépare l'arrivée de la mobilité hydrogène
Invitée dans le cadre d’un webinaire consacré à l’hydrogène comme vecteur énergétique pour révolutionner la route et le rail, Elise Bon a présenté les actions effectuées et en cours dans l’entreprise Vinci Autoroutes, pour laquelle elle occupe le poste de directrice de l’environnement.
 
En introduction de sa présentation, Elise Bon a indiqué que le réseau Vinci Autoroutes représente « la moitié des autoroutes concédées en France «. Il pèse pour 3 % sur les émissions totales de gaz à effet de serre du pays, et 12 % pour la part qui revient au secteur des transports.
 
L’entreprise a fait ses comptes : En 2019, les GES libérés par les utilisateurs de son réseau autoroutier s’élevaient à presque 15,9 millions de tonnes d’équivalent CO2. Pour comparaison, les rejets concernant l’exploitation montaient à peine à 29 600 tCO2eq, et ceux des postes fournisseurs et achats à 831 000 tCO2eq. « Les émissions carbone liées à nos clients sont écrasantes par rapport aux autres émissions de notre chaîne de valeur […] On ne peut pas avoir une stratégie de décarbonation au global si on ne s’intéresse pas à la décarbonation de nos clients «, a commenté Elise Bon.
 

Stratégie bas carbone

La Stratégie nationale bas carbone vise la neutralité CO2 en 2050, avec un palier en 2030 qui devra présenter une baisse de 28 % des émissions carbonées par rapport à aujourd’hui. L’augmentation du trafic routier et les résultats en demi-teinte espérés pour un report modal sur des solutions plus vertueuses imposent « de décarboner l’usage de la route «, a justifié Elise Bon.
 
Les estimations formulées dans le cadre de la SNBC en termes de ventes de modèles neufs n’accordent qu’une place encore assez floue à l’hydrogène. Concernant les véhicules légers, il est question d’une part de 16 % pour l’électrique (sans précision) en 2030 puis 94 % 20 ans plus tard. Pour les poids lourds, face au gaz naturel (GNV/bioGNV) qui s’imposerait avec une part de 12 % en 2030 et 51 % en 2050, l’électrique à batterie et/ou pile H2 se montrerait plus timide : 2 puis 25 %.


 

Une solution extrêmement prometteuse

« L’hydrogène, c’est une solution qui est extrêmement prometteuse mais qui n’est pas encore mature, avec de vrais surcoûts au niveau des véhicules. Mais c’est une solution que nous voudrions encourager pour les poids lourds «, a assuré Elise Bon.
 
Les biocarburants liquides, comme les biogaz (bioGNV), lui apparaissent comme des « solutions de transition «. Présentant, selon la conférencière, un bilan carbone moins bon que l’hydrogène, ils connaissent « des problèmes d’assiette de biomasse disponible pour pouvoir servir à la propulsion des véhicules «. De son côté, l’hydrogène n’est pas encore tout vert. « On a un besoin d’un passage à l’échelle pour la production décarbonée «, a confirmé la directrice de l’environnement de Vinci Autoroutes.
 

Veille active et expérimentations

Il n’y a pas, à ce jour, de station distribuant de l’hydrogène sur le réseau Vinci Autoroutes. Mais l’entreprise compte procéder pour cette solution en mobilité durable comme elle l’a fait avec les bornes de recharge rapide pour véhicules électriques à batterie. « Nous avons déployé il y a extrêmement longtemps une veille active sur cette technologie et des expérimentations […] qui nous permettent aujourd’hui d’être opérationnels au moment où on a l’accélération du déploiement. C’est un peu dans ce mode là que nous sommes aujourd’hui sur les autres modes d’approvisionnement en énergies décarbonées, et notamment sur l’hydrogène «, a révélée Elise Bon.
 
« Chez Vinci Autoroutes, nous avons une veille avec des sollicitations extérieures assez multiples, souvent accompagnées de la demande de territoires qui souhaitent savoir où nous en sommes sur l’hydrogène «, a rapporté Elise Bon.
 
Son support de présentation recensait les énergéticiens Engie, Shell et Air Liquide, le fabricant de station H2 Atawey, ainsi que 3 collectivités : la région du Centre-Val-de-Loire, ainsi que les métropoles de Tours et du Mans. L’entreprise est aussi à l’initiative d’une veille active avec prise de contact avec des régions (Occitanie, Auvergne-Rhône-Alpes), des startups (Qairos énergies), et des constructeurs (PVI).
 
Vinci Autoroutes a noué des partenariats dans 3 projets principaux qui sont « soit expérimentaux, soit en étude «. Ainsi : le programme Baze avec Michelin ; une station potentielle dans le cadre de la Zero Emission Valley ; un autre site de distribution de l’hydrogène dans le secteur de Toulouse Croix-Daurade.
 

Une première station hydrogène en projet à Toulouse

L’étude d’avant-projet, pour l’expérimentation d’une station-service hydrogène à la Croix-Daurade, le long de l’A62 à Toulouse, embarque l’Arec (Agence régionale pour l’énergie et le climat) Occitanie, le transporteur de voyageurs Tisséo, la métropole de Toulouse et des entreprises du groupe Vincy (Entrepose, Leonard, Omexom).
 
« Ce projet représente assez bien l’état d’esprit que nous encourageons : se faire les dents et les mains sur un projet qui représente une belle opportunité parce qu’il a des ingrédients de synergies avec des acteurs publics et privés «, a souligné Elise Bon. « Nous avons besoin de collaborer avec de tels acteurs pour pouvoir avancer et progresser sur notre connaissance de l’hydrogène et du modèle économique qui va avec «, a-t-elle précisé.
 
Pourquoi localiser une station à hydrogène à Croix-Daurade ? « Parce qu’il est à côté d’un dépôt de bus du réseau Tisséo, et qu’il y a un potentiel d’utilisation de véhicules à hydrogène au sein de flottes captives appartenant notamment à des entreprises de travaux de Vinci «, a répondu Elise Bon.
 
Une vue du ciel montre la proximité avec une rocade qui offrirait un accès rapide et facile, avec le centre d’exploitation midi-toulousain de Vinci Autoroutes, et avec le garage Atlanta de l’opérateur de transport en commun. « C’est à l’endroit où nous avons nos fourgons jaunes que vous pouvez voir lors des opérations d’entretien des autoroutes. Nous avons là une petite poche de foncier de 4 000 m2 que nous voudrions mettre à disposition pour construire une station hydrogène. Elle est adossée à une parcelle de 3 000 m2 exploitable par Tisséo «, a-t-elle détaillé en mettant au jour une première synergie.
 
Le site de Vinci Autoroutes présente également « un potentiel de production d’énergie photovoltaïque qui permettrait de fournir une fraction des besoins de la station «.
 

De l’hydrogène produit sur place

Le site de la station supporterait un électrolyseur d’une capacité de production à terme de 420 kg par jour correspondant aux besoins évalués pour 2040. Il est couplé avec une unité de stockage de 400 kg. Cette dernière est dimensionnée pour l’avitaillement d’au moins 4 bus.
 
Trois pistes seraient construites pour accueillir des poids lourds et véhicules légers, dont des utilitaires. Les deux premières délivreraient de l’hydrogène à une pression de 350 bars. La dernière prendrait en charge une distribution à 350 et 700 bars.
 
La production solaire sur place fournirait 10 % de la consommation électrique du site, le solde provenant d’un achat en énergie renouvelable.
 
Selon les prévisions effectuées par les partenaires, cette station accueillerait en 2030 : 8 autobus et 9 camions, 20 utilitaires dont 10 fourgons, et 5 voitures fonctionnant à l’hydrogène. Dix ans plus tard, la flotte aurait augmenté de 4 camions, 5 utilitaires dont 3 fourgons, et 10 voitures. La consommation journalière totale d’hydrogène passerait de 314 kg avec 42 véhicules, à 405 kg pour 61 engins.
 

Cycle gratuit de conférences

Le webinaire dédié à l’hydrogène comme vecteur énergétique pour révolutionner la route et le rail était le quatrième d’une série de 6 proposés gratuitement par la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, avec le concours de la plateforme Leonard de prospective et d’innovation du groupe Vinci et la Fondation Energy Observer. Les 2 prochaines conférences Internet sont prévues aux dates suivantes :