L'hydrogène bleu ne serait pas si propre

L'hydrogène bleu ne serait pas si propre
Régulièrement cité comme une alternative écologique à l’hydrogène gris, l’hydrogène bleu serait loin d’être aussi vertueux qu’il n’y parait. C'est ce que révèle une nouvelle étude qui invite les décideurs à ne pas se précipiter sur la technologie.

Alors que l’hydrogène s’apparente à une véritable ruée vers l’or, une étude publiée dans Energy Science and Engineering jette un pavé dans la marre. Souvent cité comme un moyen efficace de décarboner la production d'hydrogène, l’hydrogène bleu ne serait pas si écologique que cela. 

Fabriqué de la même façon que l’hydrogène gris, mais avec un système de captage du CO2 pouvant être réutilisé dans l'industrie ou stocké dans des cavités (CSC - Carbon Capture and Storage), l'hydrogène bleu reste aujourd'hui un procédé de fabrication émergent. Seuls deux sites au monde en produisent actuellement. Situé au Texas, aux Etats-Unis, le premier est exploité par Air Liquide tandis que le second, opéré par Shell, est basé dans la province canadienne d'Alberta. 

Le méthane pointé du doigt

Si l’empreinte écologique de l’hydrogène bleu est remise en cause, c’est en grande partie à cause des fuites de méthane, un gaz à effet de serre susceptible de provoquer un réchauffement 86 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone (CO2).

« Toutes les émissions de dioxyde de carbone ne peuvent pas être captées, et une partie du dioxyde de carbone est émise lors de la production d'hydrogène bleu. De plus, à ce jour, aucune analyse évaluée par des pairs n'a pris en compte les émissions de méthane associées à la production du gaz naturel nécessaire pour générer de l'hydrogène bleu » expliquent les auteurs du rapport. Ces derniers ont réalisé une série de calculs. Dans un scénario optimiste, les émissions de gaz à effet de serre de l’hydrogène bleu ne seraient que 18 à 25 % inférieures à celles de l’hydrogène gris. Pire, l’empreinte carbone de l’hydrogène bleu serait plus de 20 % supérieure à celle de la combustion du gaz naturel ou du charbon.

« L’hydrogène bleu semble bien, semble moderne et semble être une voie d’avenir, mais ce n’est pas le cas » affirme Robert Howarth, l’un des deux auteurs du rapport.

Cap sur l’hydrogène vert

Si les chiffres avancés devront être validés par d’autres études, les conclusions du rapport invitent clairement les politiques à délaisser le développement de l’hydrogène bleu pour mieux se concentrer sur celui de l’hydrogène vert. Produit par électrolyse à partir d’énergies renouvelables, celui-ci affiche un bilan environnemental bien meilleur. Reste toutefois à lever deux freins majeurs : le prix, encore plus élevé que l'hydrogène produit à partir d'énergies fossiles, et la production, aujourd’hui limitée à quelques sites pilotes.