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Nantes : passer l'Erdre avec la navette à hydrogène Jules Verne 2

Nantes : passer l'Erdre avec la navette à hydrogène Jules Verne 2
Passer l’Erdre en silence avec le Navibus N3 ne prend pas plus de 3 minutes qui incluent les manœuvres d’appontement au départ et à l’arrivée. Un luxe ? Non, un service de la Semitan qui permet d’éviter un long détour à pied.

Le cadre

A peine 200 mètres séparent les deux seules stations « Port Boyer » et  « Petit Port - Facultés » que le Navibus N3, ou navette Jules Verne 2, ou encore Passeur de l’Erdre de son ancien nom, relie tranquillement en 3 minutes, 7 jours sur 7 (sauf 1er mai), selon des plages horaires qui dépendent des vacances scolaires et des jours de la semaine (entre 7h30 et 12h30, puis de 13h30 à 19h15 un jour normal de semaine ; mais seulement de 14h00 à 18h45 le dimanche ; etc.). Si du côté des facultés le cadre semble attirer par sa verdure, la zone qui amène à l’embarcadère de Port Boyer, en passant par les parkings émaillés de voitures plus ou moins désossées et accidentées d’une cité HLM, est moins engageante.

Utilitaire

On pourrait sans doute rêver mieux comme service et environnement pour le premier bateau à hydrogène mis en service en France. Comme ce parcours de 13 kilomètres, plus séduisant, entre Gachet (Nantes) et la Chapelle-sur-Erdre, que le Jules Verne 2 parcourait en juin dernier en attendant de prendre son service officiel comme passeur de l’Erdre.

A défaut d’être touristique, la navette fluviale à PAC hydrogène est utilitaire : une question de capacité d’embarquement. La mini croisière est tout de même agréable sous une météo complaisante. A bord, il est indiqué : « 12 passagers ». Le bateau a pourtant été conçu pour 25 personnes et 10 vélos. Une configuration qui demande une homologation particulière.
 

12 passagers

En attendant d’obtenir ce sésame, le Jules Verne 2 peut accueillir au maximum 12 usagers dont 1 à mobilité réduite et 5 bicyclettes. Lorsque nous arrivons à l’embarcadère : personne n’attend pour effectuer la traversée. « C’est normal ! Nous sommes en période de vacances scolaires, un samedi, et en dehors des plages horaires d’embauche », nous explique le très sympathique batelier qui vient nous ouvrir l’accès à bord (2 euros par personne au tarif plein, pour 1 heure d’utilisation du ticket sur tout le réseau Semitan). « En revanche, aux heures de pointe, il est courant d’observer des files d’attentes », précise-t-il. Une cloche à activer au besoin, depuis le ponton, rappelle que la navette est proposée sous la forme d’un service à la demande : pas d’heures de départ ni d’arrivée.

A la barre

Sous les 2 écrans qui relaient les images prises par les caméras embarquées, 2 autres rendent compte chacun de l’état de fonctionnement d’une des 2 piles à hydrogène 5 kW. Quelques jours seulement après l’inauguration du service, en septembre dernier, c’est sur ces écrans que pouvaient être visualisés les problèmes qui ont obligé à réduire les durées quotidiennes de fonctionnement de la navette.

« Le système électronique de contrôle des piles à combustible indiquait à tort une fuite d’hydrogène alors qu’il n’y en avait pas. Sans les PAC, l’autonomie permise par les batteries lithium n’est pas suffisante pour assurer les rotations de toute une journée. Ces problèmes ont été définitivement réglés par Symbio, fournisseur des PAC. Notre bateau fonctionne désormais parfaitement », assure le batelier qui précise qu’ils sont 3 à se relayer à la barre pour assurer le service quotidien du Jules Vernes 2.

Station d'avitaillement sur le ponton

Le distributeur qui permet d’effectuer le plein en hydrogène des réservoirs sous une pression de 350 bars est implanté sur le ponton, du côté Port Boyer. En glissant un œil par l’embrasure de la structure fermée à clé, il est possible d’observer la pression sous laquelle le gaz est ici maintenu et les commandes du distributeur.

« Contrairement à La Mouette [NDLR : La navette électrique à batterie de traction qui assurait précédemment le service] qu’il fallait recharger quotidiennement, le Jules Verne 2 est ravitaillé tous les 5-6 jours », estime le batelier qui nous montre la station d’avitaillement installée à quelques mètres, sur la terre ferme. Elle comprend un compresseur qui permet de porter jusqu’à 420 bars la pression de l’hydrogène dans l’unité de stockage. Sur place, ce produit fourni par Air Liquide est amené par racks de 12 bouteilles.

Mobilité hydrogène

Pour l’agglomération Nantaise, et la Semitan - société organisatrice des transports urbains de passagers sur le territoire -, l’usage expérimental de la navette fluvial à PAC H2 fait partie d’un programme plus vaste de développement de la mobilité hydrogène. A terme, celui-ci pourrait concerner aussi bien des vélos, voitures particulières et utilitaires légers, que des camions dont des bennes à ordures ménagères, et les autobus qui fonctionnent à Nantes au GNV.

Dans sa campagne visuelle, la collectivité met en avant l’hydrolien, le solaire et l’éolien pour produire l’hydrogène. « Le démonstrateur doit permettre la validation des performances énergétiques et environnementales de la technologie hydrogène-pile à combustible ainsi que la compatibilité opérationnelle avec les bateaux à passagers existants. Cette opération contribue au développement d’une filière hydrogène dans la région nantaise et les Pays de la Loire », peut-on lire sur des panneaux à proximité des éléments principaux de la chaîne d’alimentation.

Traversée silencieuse

A part les inscriptions sur le bateau, les pontons et leur environnement, rien ne permet aux usagers du Jules Verne 2 d’imaginer qu’ils sont véhiculés grâce à de l’hydrogène. La navigation est parfaitement silencieuse et les manœuvres sont réalisées avec une grande douceur. Un combo qui doit surprendre nombre de passagers en pleine discussion, qui n’auront pas remarqué le discret déplacement sur l’eau. Du succès de cette expérimentation, sur la durée, dépendra la rapidité de multiplication des navettes fluviales électriques à piles hydrogène.