Côtes-d'Armor : L'hydrogène jusque dans les bateaux des mytiliculteurs

Côtes-d'Armor : L'hydrogène jusque dans les bateaux des mytiliculteurs
Dans le cadre du deuxième salon des véhicules électriques des Côtes-d’Armor qui s’est tenu à Saint-Brieuc du 2 au 4 septembre 2022, la chambre de commerce et d’industrie tenait un stand pour représenter la mobilité hydrogène. Rencontre avec Francis Gasnier, animateur du cluster hydrogène 22, et lecteur de H2-Mobile.

« La chambre de commerce et d’industrie des Côtes-d’Armor a créé ce cluster hydrogène il y a environ 1 an. Il s’agit d’une structure essentiellement B2B qui va à la rencontre des entreprises », lance Francis Gasnier, très occupé à répondre aux questions des visiteurs du salon. 

L’objectif premier du groupe est de faire émerger une filière hydrogène sur le territoire, face aux enjeux environnementaux qui se doublent désormais de tensions sur les marchés de l’énergie. 

En multipliant les rencontres, sessions de communication en présentiel ou par Internet, temps de réflexion, réunions techniques, et participations à des salons, la structure « va permettre d’identifier les compétences existantes et de fédérer les entreprises autour de projets ou d’appels d’offres ». Ces actions vont donner de la visibilité au développement de l’hydrogène dans les Côtes-d’Armor, mais aussi de façon plus large en Bretagne, et même tout simplement en France. Des synergies vont pouvoir se créer et des briques se relayer sur le territoire départemental.
 
Rencontre avec Francis Gasnier, animateur du cluster hydrogène 22

140 structures regroupées autour du cluster 

« Notre réseau rassemble aujourd'hui 140 structures très différentes. On y trouve des entreprises qui travaillent déjà avec de l’hydrogène et/ou pour son développement. Ainsi cette société basée à Yffiniac et qui évolue dans le génie électrique, ou cette autre, près de Lannion, qui est spécialisée dans la fibre optique. Cette dernière, par exemple, utilise déjà de l’hydrogène pour chauffer le verre », illustre Francis Gasnier.

« Différentes entreprises viennent en observateurs, pour voir ce qui se passe, avec déjà un intérêt plus ou moins marqué au sujet de l’hydrogène. Ainsi la coopérative agricole Cooperl et le transporteur par autocars Rouillard. Parmi les 140 structures, nous accueillons aussi des bureaux de contrôle et d’accompagnement, comme l’Apave, Socotec ou Veritas », complète-t-il. « Nous organisons 6 réunions d’information par an sur l’actualité de l’hydrogène, programmées en soirée, entre 18 et 20 heures. Fin septembre, la prochaine portera sur les solutions à hydrogène en remplacement des groupes électrogènes classiques », nous apprend-il.

H2 Parc de 40 hectares

« L’hydrogène vert, c’est super intéressant pour nos entreprises. C’est pourquoi nous mettons en œuvre différentes actions pour en développer l’utilisation dans le département. Par exemple en incitant les sociétés à venir s’installer dans notre H2 Parc de 40 hectares qui va être ouvert autour de Saint-Brieuc », explique Francis Gasnier. 

« Le cluster compte également se positionner sur la formation. Il s’agit d’anticiper les besoins naissants en personnels qualifiés. De nouveaux emplois vont être créés sur le territoire en rapport avec l’hydrogène. Nous allons avoir besoin de soudeurs, tuyauteurs, ingénieurs, contrôleurs d’installations, etc. », insiste-t-il. «  Aux Châtelets [NDLR : Sur la commune avoisinante de Trégueux], un électrolyseur devrait être mis en service dans le courant de l’année 2025. Il pourra être exploité pour les besoins industriels et la mobilité ».

Mobilité

« Cette installaton servira en particulier à alimenter en hydrogène 2 bennes à ordures ménagères et 10 autobus qui vont desservir la ligne entre le quartier de Cesson et le centre-ville. L’avitaillement sera effectué de nuit », informe Francis Gasnier. « Pour moi, les poids lourds fonctionnant à l’hydrogène seront fiables dès 2027. Il y a déjà l’expérience de Hyundai en Suisse avec ses camions XCient Fuel Cell. En mutualisant l’offre et la demande, les coûts baissent pour les utilisateurs », assure-t-il. 

Ce discours, l’animateur du cluster H2 de la CCI 22 l’a tenu aussi devant les visiteurs du salon de la mobilité électrique il y a quelques jours. S’il est bien passé le vendredi, lors de la journée dédiée aux professionnels, les particuliers venus à la conférence du samedi se montraient plus dubitatifs. 

Tout d’abord parce que la prise de parole intervenait à la suite de 2 présentations axées sur les véhicules électriques à batterie qui intéressent davantage le grand public. Ensuite parce que le niveau de désinformation concernant la mobilité hydrogène est encore trop élevé aujourd’hui.

Un stand accueillant

Seuls les automobilistes qui s’intéressent vraiment à l'hydrogène comme alternative au pétrole pour rouler, et qui savent distinguer un minimum le vrai du faux, ont dialogué de façon constructive avec Francis Gasnier sur son stand. 

L’emplacement était bien occupé avec une rutilante Toyota Mirai prêtée par l’ACO (Automobile club de l’ouest) et un vélo à assistance électrique Alpha. Développé par Pragma Industries autour d’une pile à combustible OCS, ce dernier est crédité d’une autonomie de 150 km. Contre 50 km pour un vélo électrique conventionnel équipé d’une batterie lithium-ion d’une capacité énergétique de 360 Wh, selon la comparaison effectuée par l’entreprise installée à Biarritz. Elle en fait d’ailleurs une autre : 2 minutes pour l’avitaillement en hydrogène, contre 3 à 4 heures d’immobilisation sur une prise de courant. 



« L’exemplaire de vélo hydrogène Alpha à notre disposition ici est de deuxième génération. La troisième est en route. Pragma Industries prépare une gamme de triporteurs avec la même autonomie tirée de 0,63 kg d’hydrogène. Leur capacité d’emport sera de 300 kg. Ce type de vélos cargos est particulièrement adapté à notre ville de Saint-Brieuc avec ses nombreuses montées et descentes », commente l’animateur du cluster H2 costarmoricain, secondé sur le salon par un véritable passionné de la mobilité hydrogène. 

« Des scooters électriques seront proposés prochainement », révèle Francis Gasnier. Ces deux-roues seraient actuellement en cours de développement en partenariat avec Mob-ion, spécialiste du scooter électrique Made in France « à la pérennité programmée ».

Les bateaux aussi

« Les Côtes-d’Armor disposent d’une façade maritime importante. La CCI gère 16 ports dans le département, ainsi que des criées [NDLR : Pour la commercialisation des produits de la mer], et la barge de Bréhat. Les pêcheurs aussi sont appelés à effectuer leur transition énergétique », souligne l’animateur du cluster H2. 

« Nous avons un projet de rétrofit pour les mytiliculteurs. Les éleveurs de moules utilisent des bateaux à fond plat sur roues dont le moteur installé à l’arrière n’a pas de gros besoins de puissance. Ils sont environ 80 à circuler dans le département et sortent tous du même chantier naval. A Hillion, près de Saint-Brieuc, 6 entreprises mytilicoles sont prêtes pour la conversion à l’hydrogène », nous apprend-il. « Le rétrofit de ces bateaux va être exécuté par leur constructeur d’origine, en partenariat avec deux entreprises. Tout d’abord le bureau de conseil expert en applications hydrogène Alca Torda qui a imaginé l’intégration du nouveau groupe motopropulseur. Et Europe Technologies, près de Nantes, qui va fournir les éléments », dévoile-t-il.

Illustration : Navalu

« Nous allons déposer ce 20 septembre 2022 un dossier auprès de la région Bretagne, afin de pouvoir bénéficier des subventions de l’Europe », conclut Francis Gasnier, véritablement passionné par sa mission. Une date consécutive à l’appel à projets intitulé « Transitions énergétiques des filières pêche et aquaculture bretonnes », dont l’échéance est justement fixée à cette date. Pour rappel, cette opération vise à encourager les programmes expérimentaux en partenariat qui s’appuient sur l’innovation afin « d’adapter la technologie hydrogène aux contraintes techniques, économiques et règlementaires des navires de pêche et lever progressivement les divers verrous empêchant à ce jour son déploiement ».
 
H2 Mobile et moi-même remercions vivement Francis Gasnier pour l’accueil sur son stand et le temps pris à répondre à nos questions.

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