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Hydrogène : une mise à l'échelle indispensable pour démocratiser la technologie

Hydrogène : une mise à l'échelle indispensable pour démocratiser la technologie
Directeur des activités « Hydrogène Energie » d'Air Liquide, Pierre-Etienne Franc revient avec H2-Mobile sur l’accélération de la filière hydrogène et appelle les gouvernements à multiplier les investissements afin d’amorcer un démarrage à grande échelle.

Que ce soit en France où à l’international, le sujet hydrogène a pris une ampleur particulière au cours des derniers mois. Pour Pierre-Étienne Franc, plusieurs phénomènes permettent d’expliquer cette dynamique.

Sur le plan énergétique, il y a notamment le développement des ENR qui pose la question de la gestion des énergies intermittentes. « Plus la problématique progresse, plus les gens se rendent compte qu’intégrer un système renouvelable signifie aller plus loin que de faire simplement de l’éolien et du solaire » juge notre interlocuteur.
 
Autre point : les besoins exprimés par l’industrie mais aussi par certaines filières. « Les secteurs les plus lourds auront besoin d’hydrogène. Cela fait bouger la vision politique et institutionnelle des grands décideurs » constate notre interviewé. Un véritable repositionnement déjà observé dans différentes études, dont celle récemment publiée par l’agence internationale de l’énergie (IEA) qui place l’hydrogène comme un véritable levier pour la transition énergétique.
 
Pour Pierre-Étienne Franc l’hydrogène revient aussi sur le devant de la scène en raison des limites observées sur les véhicules électriques à batteries. « L’arrivée attendue des voitures à batteries survient avec ses inconvénients. Non seulement cela ne permettra pas de régler tous les problèmes, mais cela pose aussi d’autres questions liées au recyclage, à l’infrastructure… » rappelle notre interviewé. Une prise de conscience renforcée par les récentes annonces des autorités chinoises. « La Chine a parfaitement compris que la transformation de l’automobile ne passera pas seulement par l’électrique à batterie et qu’il fallait aller vers une pluralité de solutions ». Un géant automobile dont les choix et les décisions sont désormais analysées de près sur la scène internationale.
 
 

Vers des projets d’envergure

A ces phénomènes internationaux s’ajoute une accélération de la filière française suite à l’annonce du plan Hulot et au lancement de l’appel à projets hydrogène de l’ADEME. « Cela explique le bourgeonnement de projets et le fait que beaucoup d’acteurs comme ENGIE et EDF développent des plans en ce sens. Cela aboutit à plein de petits projets. C’est très bien mais c’est en même temps dangereux si ceux-ci ne sont pas structurants et à la bonne échelle » avertit notre interlocuteur. « C’est ce que nous nous efforçons de faire chez Air Liquide à travers des projets d’envergure » poursuit-il.
 
Parmi les projets phares porté par le groupe tricolore figure celui de Bécancour, dans la province canadienne du Québec. En février, Air Liquide y a annoncé la construction du plus grand électrolyseur PEM (Membrane Échangeuse de Protons) au monde. S’élevant à 20 mégawatts (MW), sa capacité est 20 fois supérieure à celle du plus gros projet existant, déjà opéré par Air Liquide au Danemark. A terme, le site de Bécancour sera capable de produire 8 tonnes d’hydrogène vert chaque jour.
 

Un réseau de stations à développer

Une station par ci, une autre par là… Si les projets de déploiements se multiplient avec des territoires parfois bien plus avancés que d’autres, Pierre-Étienne Franc milite pour une véritable montée en puissance du réseau d’avitaillement. Un levier indispensable pour inciter les constructeurs à augmenter les volumes de production, étape essentielle à la réduction des coûts et à la démocratisation de la technologie.
 
« En Europe, il n’existe pas de véritable réseau mis à part en Allemagne où un consortium a été formé avec six acteurs, dont Air Liquide. On aura 100 stations d’ici la fin de l’année mais ce n’est pas encore suffisant. Or, c’est seulement lorsque l’on aura un réseau conséquent que l’on aura un effet d’échelle sur le prix des infrastructures et sur le prix des voitures » justifie notre interlocuteur.
 
« Cet horizon 2025, il faut le préparer dès maintenant » poursuit-il appelant les différents pays à investir massivement... « Le sujet maintenant, c’est qui va le faire le premier. La Chine ? La Corée du Sud ? L’Europe ? L’enjeu, c’est de trouver deux à trois pays dans lesquels on puisse créer un vrai réseau » explique-t-il.


 

Deux milliards d’euros à investir

Et la France dans tout cela ? « En France, on est aujourd’hui dans une logique de flottes captives. C’est plus facile à mettre en place mais il n’y a pas de stratégie pour lancer l’infrastructure » regrette notre interlocuteur.
 
Selon Pierre-Étienne Franc, deux milliards d’euros seraient nécessaires à la création de cette infrastructure dans l’Hexagone. Partagé avec les acteurs privés, cet investissement permettrait d’atteindre le seuil du millier de stations. Pas question toutefois d’investir sans accompagnement politique. « On ne peut pas demander aux industriels de mettre deux milliards d’euros soit environ un quart du coût de la ligne LGV Paris-Bordeaux – sans certitude que le gouvernement soutienne l’initiative » avertit notre interlocuteur. « Le risque doit être partagé pour avoir des investissements beaucoup plus lourds. C’est pourtant dans l’intérêt des politiques car si vous financez ce réseau à hydrogène, cela a un effet multiplicateur considérable sur l’activité économique, en amont et en aval » poursuit-il.
 
Un déploiement qui devra toutefois être réalisé dans les règles de l’art. Pour la filière, l’incident survenu début juin sur une station opérée par NEL en Norvège sonne comme un rappel à l’ordre. « Cela nous a beaucoup interrogé. On a suivi de très près les résultats de l’enquête. On a nous-même vérifié que nos stations n’avaient pas le même type de dispositif, notamment sur les réservoirs et le bouchon de fermeture de ces réservoirs » explique le représentant d’Air Liquide. « Sur le fond, nous ne sommes pas inquiets mais cela démontre qu’il faut renforcer les processus de qualification, de certification des fournisseurs et de montage des stations » conclut-il.