Bus hydrogène : Safra détaille ses ambitions avec le nouveau HyCity

Bus hydrogène : Safra détaille ses ambitions avec le nouveau HyCity
Dix ans se sont écoulés entre le prototype du Businova et son arrêt de production il y a quelques mois. Invité du Club H2 de Bourgogne Franche-Comté porté par le Pôle Véhicule du Futur, Eric Baleviez, directeur commercial de Safra, a présenté le projet de bus hydrogène de nouvelle génération Hycity. Un exemplaire de démonstration devrait circuler dès l’automne prochain.
 
Tournant historique en 2011 pour la Société albigeoise de fabrication et de réparation automobile (Safra), le prototype du Businova ouvre l’entreprise à son actuelle mission « d’accélérateur de la mobilité décarbonée ». L’engin est conçu pour son adaptation aux groupes motopropulseurs d’avenir. En 2015, il est d’abord commercialisé en version hybride diesel-électrique, avec l’idée de le décliner en bus à batterie.
 
Mais 3 ans plus tard, c’est une plus révolutionnaire version à pile hydrogène qui va être lancée. Ce sont les usagers du réseau Tadao qui vont avoir le privilège de l’essayer en premier en situation réelle. Le syndicat mixte des transports Artois-Gohelle qui l’a mis en service en 6 exemplaires dans le Pas-de-Calais illustre ainsi parfaitement sa devise « Une mobilité d’avance ». Quitte à essuyer les plâtres d’une technologie qui se cherche encore. Le Businova H2 roule aussi à Versailles (5 unités), Blagnac (5), Auxerre (5), Le Mans (1) et Lyon (1).
 

Période de changement

« La direction de l’entreprise a été reprise par Stéphane Prin en septembre dernier. Nous sommes dans une période de changements. Nous nous retirons du full électrique où nous sommes arrivés trop tardivement. Et nous nous concentrons sur l’hydrogène en effectuant toutefois une pause pour retravailler le modèle », a indiqué Eric Baleviez lors du webinaire programmé ce vendredi 1er juillet 2022.
 
« Nous avons donc arrêté le Businova. Il nous reste juste 2 exemplaires à livrer : un à Toulouse et l’autre pour la Sytral à Lyon. En France, 60 % des bus hydrogène en service sont de Safra. Mais ça ne représente qu’une faible part des bus en circulation : 23 Safra Businova sur un total de 40 bus hydrogène », a-t-il chiffré. « Il y a cependant une véritable appétence actuellement pour cette solution alternative. Ca se remarque dans les appels d’offres en cours. L’année dernière, le fonds Transition Evergreen est entré dans le capital de Safra. Ce qui va nous permettre de revoir notre organisation pour répondre à la demande. En 2021, 70 personnes ont rejoint l’équipe, et 80 sont en cours de recrutement », a-t-il révélé.
 

Les complexités du Businova

« Nous savons désormais ce qu’il faut faire, et ce qu’il ne faut plus faire. Nos premiers bus hydrogène ont été réalisés à la main de façon artisanale avec des composants de présérie et parfois pas très mâtures. En outre, nous avons rencontré des problèmes d’approvisionnement avec la Covid », a rapporté Eric Baleviez.

« Le Businova additionnait les complexités, avec déjà un châssis inox qui compliquait les opérations de soudage. Du fait de la verrière à l’arrière, il était impossible d’ajouter une 3e porte. Ce bus était un peu trop haut. Pour être évolutif, il embarquait à l’arrière une petite remorque sur essieu directionnel comprenant des éléments comme la pile hydrogène, la batterie et le convertisseur », a-t-il reconnu. « C’était une zone complexe, techniquement, avec des contraintes thermiques, des pneus supplémentaires à remplacer régulièrement. Nous nous sommes vite aperçus que cette architecture engendrait à bord du bruit, des vibrations et de la chaleur. En outre, la technologie LFP [lithium fer phosphate] retenue pour la batterie imposait d’installer des bornes au dépôt, non pas pour les recharger quotidiennement, mais pour l’équilibrage des cellules », a-t-il complété.
 

Le Hycity : un bus standard et entièrement revu

« A l’inverse, le Hycity répond à une volonté de standardisation. Il se présente comme un bus 12 mètres classique, avec une largeur de 2,55 m, pour une hauteur de 3,30 m. Le châssis est revenu à l’acier avec traitement cataphorèse », a présenté Eric Baleviez.
 
« Tout la chaîne de propulsion a été revue. Ce sont désormais 2 moteurs électriques ZF 125 kW, implantés directement sur l’essieu arrière, et déjà employés sur des modèles Solaris et Mercedes, qui vont propulser notre nouveau bus, avec une plus forte puissance de freinage régénératif. Sur le Businova, il n’y avait qu’un seul moteur 250 kW qui passait le mouvement à une boîte de transfert », a-t-il comparé.
 
« Nous conservons la même capacité énergétique de 130 kWh pour les batteries. Mais plus besoin de les recharger de façon externe grâce à la technologie NMC [nickel manganèse cobalt], et donc plus besoin de bornes électriques dans les dépôts. Le pack lithium de Microvast ne sert qu’en côte pour épauler la pile H2 et lors de la relance du bus jusqu’à 15-20 km/h. Il a été dimensionné à la fois pour modérer l’impact environnemental de la construction du bus et pour ne pas avoir à le remplacer plus d’une fois au cours de la durée de vie du Hycity. Ce qui est bénéfique au TCO. Cette batterie n’est exploitée que jusqu’à 20 % de décharge pour la même raison. Sa durée de vie est de l’ordre de 8 ans », a-t-il estimé.


Une PAC Symbio de série et de nouveaux réservoirs Plastic Omnium

« Le Businova recevait une pile à combustible 30 kW. Le Hycity va conserver cette puissance, mais via une limitation par soft sur des PAC 45 kW nouvelle génération et de série fournies par Symbio, filiale à 50-50 de Michelin et Faurecia. Cette puissance est suffisante, mais nous pourrions procéder à des évolutions en cas de besoin », a souligné Eric Baleviez.
 
« Cette pile est déjà produite, notamment pour équiper les utilitaires légers de Stellantis. Garantie 5 ans, elle sera maintenue directement par Symbio. En cas de panne, il ne faut pas plus de 4h30 pour la remplacer. Avec cette PAC, nous visons une durée cible de l’ordre de 15 000 heures », a-t-il évalué.
 
« Toujours sous 350 bars, les réservoirs de Plastic Omnium sont aussi de nouvelle technologie. Ils ne sont plus en aluminium, mais en polymères fibre de carbone. Pouvant contenir un total de presque 35 kg d’hydrogène, les 6 bouteilles apporteront au nouveau bus une autonomie minimum de 350 km. Pour l’urbain, elle pourra même s’étendre à 420-450 km réels. En exploitation, le plein pourra n’être effectué qu’un jour sur deux. L’opération prendra en moyenne 10 à 15 minutes », a-t-il calculé.


 

Grande luminosité à bord

La gestion thermique du Businova avait était développée par Safra. Pour le Hycity, le constructeur a préféré recourir au spécialiste ThermoKing. « Le circuit assurera à la fois une température confortable pour les passagers et le refroidissement des auxiliaires », a commenté Eric Baleviez.
 
« Nous avons travaillé l’accessibilité des éléments de la chaîne de propulsion afin de limiter le coût de la maintenance. Nous avons voulu aussi que le Hycity soit le plus lumineux possible avec un puits de lumière au niveau du toit, à l’arrière. Grâce aux sièges suspendus qui éliminent l’accumulation de poussières, le nettoyage du véhicule est excellent. Il sera aussi très silencieux à l’usage et sans vibrations. La nouvelle architecture permettra à notre nouveau modèle hydrogène de recevoir 2 ou 3 portes coulissantes Ventura type tram », a-t-il aligné en qualités.
 
« Concrètement, le Hycity pourra remplacer un modèle diesel en 1 pour 1. Sa capacité en voyageurs sera supérieure à celle des bus électriques à batterie. Et, surtout, contrairement à ces derniers qui embarquent un pack lithium dont la capacité énergétique exploitable va diminuer dans le temps, l’autonomie restera constante et maximale dans la durée avec une pile à combustible », a-t-il détaillé.


 

Vers la commercialisation

Dans un premier temps, le bus hydrogène Safra Hycity devrait être dévoilé à Albi où il est construit. Un roadshow de présentation à travers la France pourrait être organisé auprès des professionnels, en partenariat avec une centrale d’achats, comme l’UGAP (Union groupement d’achats publics) où il est déjà référencé. Il devrait l’être aussi prochainement auprès de la CATP (Centrale d’achat des transports publics).
 
Les livraisons du standard 12 m débuteraient en 2023. Il faudrait attendre septembre 2024 pour recevoir le modèle 18 m articulé. Grâce à un partenariat de niveau national, le réseau d’après-vente serait alors déjà en place, avec une base arrière en région parisienne pour la fourniture des pièces de remplacement.
 
Le constructeur réfléchit encore aux détails de son offre de service pour exploiter au mieux le nouveau bus H2. Safra le place déjà dans les appels d’offres. Et pour le prix ? « Il est difficile de donner un tarif exact aujourd’hui, car il peut varier de 30 000 à 50 000 euros en fonction des équipements qu’il va embarquer. Notre cible est de 600 000 euros HT, avec le souhait de descendre plus bas, en nous rapprochant du prix d’un bus électrique à batterie », a répondu Eric Baleviez.


 

Remise à niveau des Businova

Aujourd’hui étendu sur 11 000 m2, le site Safra d’Albi devrait gagner 6 000 m2 dès l’année prochaine, avec de nouveaux bâtiments industriels, un centre d’essais, des bureaux administratifs et un parking. La capacité annuelle de production passerait alors à 70, puis 120 unités à la fin 2025.
 
A partir d’octobre prochain et dans le courant 2023, le constructeur va procéder à une très importante remise à niveau des Businova H2 en circulation.
 
« Cette opération était comprise dans notre business plan initial. Tous les éléments qui le doivent vont être remis en conformité, y compris au niveau software. Il s’agit aussi d’améliorer à la fois l’expérience des voyageurs et la disponibilité commerciale des Businova hydrogène », a confirmé Eric Baleviez.
 
« Nous allons repasser à un châssis acier, rétrofiter la pile à combustible par une nouvelle, remplacer la boîte de transfert par un modèle moins bruyant, revoir le système de refroidissement, et apporter d’autres améliorations techniques », a-t-il listé.



A noter que, Safra, reconnu aussi pour ses activités de rénovation des bus et rames de métro, tramway et train, se pose en pionnier du rétrofit hydrogène des autocars diesel. « Notre entreprise a décroché le plus important marché à ce jour dans le domaine, avec 15 véhicules à transformer en Occitanie. Nous pensons d’ailleurs présenter notre kit de conversion en octobre à Lyon, pendant le salon Autocar Expo », a conclu le directeur commercial.

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