Comment la Vendée est devenue pionnière de l'hydrogène vert

Comment la Vendée est devenue pionnière de l'hydrogène vert
Le SyDEV (syndicat départemental de l’énergie) et les élus vendéens bénéficient de véritables alignements de planètes pour développer la mobilité durable alimentée par des énergies vertes produites sur le territoire. Après l’électricité et le biogaz, au tour de l’hydrogène d’entrer dans la danse, grâce à l’électrolyseur de Bouin.
 
Que faut-il idéalement sur un territoire pour développer la mobilité H2 avec une énergie renouvelable dans un courant d’économie circulaire ? Réponse : Des acteurs prêts à faire bouger les choses, des investisseurs, des entreprises capables de fournir les véhicules, un réseau de distribution, un moyen de produire de l’hydrogène décarboné, et une source d’énergie verte. La Vendée est véritablement choyée par les élus mais aussi les entreprises publiques et privées motivés pour insuffler une dynamique permanente dans le département. La pièce maîtresse en est le SyDEV, ainsi que la société d’économie mixte dont il est à l’origine : Vendée Energie. Ancien président du syndicat départemental, et Club des élus ambassadeurs de l’hydrogène, Alain Leboeuf s’est investi à fond pour développer ce vecteur énergétique. Laurent Favreau, son successeur depuis octobre 2020, poursuit la mobilisation.
 

3 éoliennes prêtes à l’emploi

En 2016, le gouvernement français a lancé l’appel à projets « Territoires Hydrogènes ». Le SyDEV a rapidement déposé son dossier « Vendée Hydrogène ».
 
Depuis, le mouvement est entretenu par un parfait alignement de planètes. Une des étapes majeures a été la fin de l’obligation d’achat par EDF en juin 2017 de l’énergie produite par les 3 éoliennes du parc de Bouin qui appartiennent au syndicat départemental.
 
La même année, à une cinquantaine de kilomètres de là, en Loire-Atlantique, naissait Lhyfe sous l’impulsion de Matthieu Guesné. Sa rencontre en 2018 avec Alain Leboeuf, lors d’une intervention de Nicolas Hulot alors ministre de l’Environnement et de la Transition solidaire en pleine promotion H2, a été décisive. Le premier électrolyseur de la startup nantaise, dont l’activité principale est de produire de l’hydrogène vert, serait donc installé à Bouin près des éoliennes. Et le gaz ici obtenu serait distribué dans la région des Pays de la Loire, à commencer par la Vendée et la station multi-énergies vertes qui sera prochainement inaugurée à La Roche-sur-Yon.




 

Très bien placé

Pour Antoine Hamon, responsable des opérations chez Lhyfe, le site de l’électrolyseur de Bouin bénéficie d’une situation idéale : des éoliennes alimentées par le vent venu du large et l’eau inépuisable de la mer.
 
« Le territoire met en place tout un écosystème qui va consommer de l’hydrogène vert produit localement en remplacement du gaz, du pétrole et de l’électricité. Et ce sans émission de CO2 tout au long de la chaîne », a-t-il assuré aux participants du rallye des ambassadeurs. Proposé par le SyDEV pour la promotion de la mobilité aux énergies alternatives (bioGNV, électricité et hydrogène), cet événement s’inscrit dans le cadre du Vendée énergie Tour programmé mi-septembre dernier.
 
« L’hydrogène vert permettra de propulser des bateaux, des trains, des voitures et des poids lourds », a énuméré le dirigeant de Lhyfe. « Pour la première fois l’hydrogène va être réalisé sur le territoire avec des énergies renouvelables. Lorsque ce produit est obtenu de source fossile, il cause par kilogramme la libération dans l’atmosphère de 10 kg de CO2 », a-t-il comparé.
 

300 kg par jour

« Les 3 éoliennes fournissent au site un courant alternatif de 20 000 V qui devient continu en passant par 2 grands transformateurs. L’électrolyseur est piloté en fonction du fonctionnement de ces installations. La production quotidienne d’hydrogène sera de 300 kg nécessitant de puiser 3 m3 d’eau de mer. Avec 1 kg, une voiture peut parcourir 100 kilomètres. Et 7 kg d’hydrogène prennent la place d’un réservoir à essence », a chiffré Antoine Hamon.
 
« Une partie de l’eau salée est purifiée en 2 étapes. Elle est tout d’abord désalinisée en 4 passages par osmose inverse. Il s’agit de pousser le liquide à travers une membrane. Au bout de cette étape, on obtient une eau équivalente à celle qui coule au robinet dans une maison. Elle subit un nouveau nettoyage avec des filtres beaucoup plus petits. Les résidus constitués d’éléments divers dont du sel sont renvoyés à la mer avec le reste de l’eau puisée », a-t-il détaillé.


 

En phase de tests

« Notre électrolyseur 1 MW est actuellement en phase de tests. Pour la construction du site, des contraintes réglementaires ont dû être respectées, dont un certain périmètre de sécurité », a expliqué Antoine Hamon.
 
« Un électrolyseur fonctionne comme une pile. C’est un assemblage de couches de diffusion qui sert à casser la molécule d’eau. L’oxygène et l’hydrogène ainsi obtenus vont rejoindre chacun une cuve spécifique. Cette opération génère un volume 8 fois plus important d’oxygène que d’hydrogène. Le premier est libéré à raison d’un tiers dans l’atmosphère et deux tiers dans la mer. Ce qui est positif pour l’environnement », a-t-il souligné. « L’oxygène est utilisé dans le milieu médical. Pour cela, celui que nous obtenons devrait subir des traitements qui le rendraient plus coûteux que les processus de production actuels. Par ailleurs, pour fonctionner, un véhicule à PAC H2 a besoin de l’oxygène de l’air. Relâcher celui coproduit par l’électrolyse est pour nous une volonté de conserver l’équilibre dans l’atmosphère et de réoxygéner la mer », a-t-il mis en avant.


 

350 et 750 bars

« L’hydrogène sort de l’électrolyseur à la pression atmosphérique. Après une dernière étape qui le purifie à 99,99 %, le gaz est comprimé à 350 bars. Dans les stations de distribution, il sera au besoin porté à 700 bars », a schématisé Antoine Hamon.
 
« Nous livrerons principalement notre production dans des conteneurs 20 pieds comprenant 9 bouteilles. Un seul d’entre eux représente la production quotidienne de l’électrolyseur de Bouin. A la demande, nous pourrons aussi fournir des containers de 40 pieds », a-t-il précisé. « Pour la stabilité et la sécurité, le site est équipé d’un système de refroidissement et d’une ventilation permanente qui dissiperait les éventuellement poches d’hydrogène. En cas de problème, nous avons de l’azote sur place qui permettrait de nettoyer l’installation et de la faire repartir », a-t-il informé.
 

"L’électrolyseur de Bouin est notre premier projet grandeur nature"

En marge du rallye des ambassadeurs, nous avons retrouvé Matthieu Guesné, fondateur dirigeant de Lhyfe.
 
« L’électrolyseur de Bouin est notre premier projet grandeur nature. Nous en totalisons 60 à suivre comme cette usine à terre, au Danemark, au Portugal, en Allemagne, etc. Et nous préparons des unités en mer. Avec une production qui pourrait être doublée grâce à davantage d’énergie éolienne disponible, nous arriverons à compenser le surcoût de ces installations », a-t-il comparé.
 
« La mer pourrait fournir 11 fois les besoins en énergie de l’Europe. L’été prochain, nous allons construire au large du Croisic notre première plateforme flottante. Elle bénéficiera de la même capacité de 1 MW », nous a-t-il annoncé. « Un autre intérêt de ces électrolyseurs en mer est de pouvoir être beaucoup plus proches des éoliennes qui leur fourniront l’électricité. Les livraisons à terre seront assurées par pipelines, comme le gaz naturel. Les risques de fuites sont beaucoup moins grands ainsi », a-t-il justifié.


 

Une filière génératrice d’emplois

« Chaque électrolyseur permet de créer sur place entre 1 et 5 emplois. Nous sommes aujourd’hui 60 et notre campagne actuelle de recrutement portera nos effectifs à 80, puis à 140 l’année prochaine. 7, 15, 30, 60… : Ils sont doublés tous les 6 mois », s’est réjoui Matthieu Guesné. « A côté de l’électrolyseur de Bouin sera ouvert un bureau d’études. Nous en comptons déjà à Nantes, Paris, Copenhague, Hambourg, Madrid, Cologne et en Belgique », a-t-il listé en conclusion.
 
Le site vendéen sera prochainement inauguré. Tout comme la station multi-énergies vertes dont la date d’ouverture officielle vient d’être reportée en raison d’un problème de disponibilité de matériaux à l’échelle nationale pour la partie hydrogène.