Partenaires premium
Air Liquide
ADEME PACA

Fabio Ferrari (Symbio) : face à la Chine, il faut se battre à armes égales

Fabio Ferrari (Symbio) : face à la Chine, il faut se battre à armes égales
Président de Symbio, Fabio Ferrari revient avec H2-Mobile sur les enjeux industriels de la filière hydrogène et sur la construction de son futur site de production sur le territoire de l’agglomération lyonnaise. 

Si la crise du Covid a lourdement impacté le secteur automobile, obligeant le gouvernement a présenté un plan de relance massif le 26 mai dernier, l’hydrogène n’en a pas été victime.  « On craignait que cette crise ne soit un retour en arrière. Elle a finalement été un accélérateur pour la filière. Nous sommes très heureux que l’état français ait mobilisé 150 millions d’euros sur l’innovation dans l’automobile dans le cadre de son plan de relance » nous explique Fabio Ferrari, Président et fondateur de Symbio, une co-entreprise entre Michelin et Faurecia. 

Des moyens à mettre en œuvre

« Il ne faut pas reproduire avec les piles à combustible l’erreur qui a été faite sur les batteries » prévient le Président de Symbio pour qui le sujet du financement public est primordial. « En Chine, il y a un double investissement public-privé. Si on veut rester dans la course, il faut qu’on soit à armes égales » prévient Fabio Ferrari. 

En Europe, le dispositif IPCEI (Important Project of Commun European Interest) est considéré comme le principal levier financier pour accélérer la création d’une filière industrielle de l’hydrogène. Lancé en 2014 sous l’impulsion de la Commission européenne, celui-ci vise à accélérer le développement de secteur jugés stratégiques. En pratique, il autorise les pouvoirs publics à financer les projets au-delà des plafonds habituels imposés par les règles de concurrence. Dans le cadre du dispositif IPCEI, le financement des Etats peut aller jusqu’à 100 % pour des projets tournant autour de la R&D et de la pré-industrialisation. Déjà utilisé dans le domaine des batteries ou de la nanoélectronique, ce dispositif servira également à financer l’industrialisation de la filière hydrogène. 

Si la France a bien prévu d’y faire appel, le montant des investissements ne devrait être annoncé que lors de la présentation des résultats de l’Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI).  Lancé le 27 janvier dernier et tourné vers l’industrialisation, celui-ci va permettre de faire avancer un certain nombre de projets mais aussi d’offrir un nouvel éclairage quant aux investissements consentis par la France pour faire émerger la filière. Alors que la plupart des pays européens se sont désormais lancés dans la course à l’hydrogène, la stratégie française reste très attendue, notamment vis-à-vis de l’Allemagne qui a récemment annoncé la mobilisation d’une enveloppe de 9 milliards d’euros pour soutenir la filière. « On attend avec beaucoup d’impatience les résultats de cette AMI » avoue le dirigeant de Symbio.

Une première usine sur le territoire lyonnais

Comptant sur ces financements publics pour dimensionner son projet, Symbio prévoit l’ouverture d’une première usine au sein de l’agglomération lyonnaise. Retardée par le Covid-19, la pose de la première pierre doit avoir lieu courant novembre. « En parallèle, on étudie trois autres implantations pour aller plus loin en capacité de production » précise le dirigeant de Symbio. 

L’objectif est ambitieux. D’ici à 2030, Symbio vise la production de 200.000 stackpacks, un ensemble intégrant à la fois la pile à combustible et ses principaux composants associés, avec une forte accélération à compter du milieu de la décennie. Pour Symbio, cette montée en puissance est indispensable à la baisse des coûts. « Très clairement nous parviendrons à terme à un coût total de possession équivalent au diesel. On commence juste beaucoup plus tard que la batterie » note notre interviewé.

Outre cette mise à l’échelle, l’enjeu pour Symbio est aussi de parvenir définir les processus industriels qui permettront de produire différents types de piles sur une seule ligne de production. « Nous commençons à 5 kW et l’idée est de pouvoir monter à 300 kW » précise le dirigeant de Symbio qui souhaite adresser son offre à tous types de véhicules. A l’international, deux principaux marchés sont visés : l’Europe et l’Asie où Symbio compte bien rivaliser avec les poids-lourds du secteur. 

Les flottes captives pour premier marché

Utilitaires, taxis ou flottes d’entreprises. Pour Symbio, la mobilité hydrogène démarrera en premier lieu avec les flottes captives. « Chez Symbio, on prône l’entrée de cette technologie sur le segment des utilitaires. On a commencé avec les Kangoo et Master chez Renault. D’autres vont suivre » confie Fabio Ferrari. 

Suscitant moins de besoins en infrastructures qu’un marché grand public, les flottes captives de véhicules hydrogène sont portés par des écosystèmes locaux. « Grâce aux initiatives comme celle menée par Zero Emission Valley en Rhône Alpes, on devrait rapidement avoir un effet de massification » estime notre interviewé. « Avec le déploiement progressif de l’infrastructure, on verra le marché grand public émerger en 2030 » poursuit-il.