La note est publiée quelques jours après que Mantle 8 a obtenu ses deux permis espagnols en Navarre et au Pays basque, dans la continuité du permis de Comminges obtenu en mars.
Le Parlement valide le potentiel géologique… mais démonte plusieurs certitudes
Le rapport ne remet pas en cause l’existence de l’hydrogène naturel. Les rapporteurs rappellent qu’il s’agit d’un phénomène géologique aujourd’hui observé sur tous les continents et que plusieurs régions françaises - le Bassin aquitain, le Piémont pyrénéen ou encore le Grand Est - présentent des caractéristiques favorables à son accumulation.Mais cette reconnaissance scientifique s’accompagne immédiatement d’un constat beaucoup plus prudent. À ce jour, l’OPECST souligne qu’aucun gisement économiquement exploitable n’a encore été mis en évidence. Les vingt à quarante forages réalisés dans le monde n’ont donné lieu à aucune publication scientifique permettant de confirmer des réserves commercialement exploitables.
Même le site souvent cité de Bourakébougou, au Mali, reste extrêmement modeste à l’échelle industrielle. Sa production atteint environ 48 tonnes d’hydrogène par an, soit l’équivalent énergétique d’à peine trois barils de pétrole par jour. À titre de comparaison, une seule usine d’engrais consomme environ 300 000 tonnes d’hydrogène chaque année.
Le cas de la Lorraine reste loin d’être démontré
Le rapport s’attarde également sur le projet le plus médiatisé en France : celui développé en Lorraine par la Française de l’Énergie.Après le forage à 3 662 mètres à Pontpierre, l’entreprise avait évoqué un potentiel de 34 millions de tonnes d’hydrogène. L’OPECST ne remet pas directement en cause cette estimation, mais rappelle qu’elle « reste à confirmer » et souligne surtout qu’aucune donnée sur les débits réellement exploitables n’a encore été publiée.
Les rapporteurs identifient en particulier un verrou technique majeur : l’hydrogène est dissous dans des eaux très profondes. Pomper ces volumes d’eau pour récupérer le gaz apparaît aujourd’hui « techniquement et économiquement inenvisageable ».
La Française de l’Énergie prévoit de contourner cette difficulté grâce à la technologie membranaire SysMoG développée par Solexperts, capable de séparer le gaz directement en profondeur. Mais là encore, le Parlement estime que sa faisabilité technique et économique reste à démontrer.
Des aides limitées, mais un signal important envoyé à Bruxelles
Les recommandations formulées par l’OPECST restent relativement modestes. Les rapporteurs proposent un programme national de recherche doté de 10 millions d’euros sur dix ans, permettant de financer un ou deux forages scientifiques profonds, ainsi qu’une enveloppe équivalente d’avances remboursables destinée aux projets français les plus avancés.Ces montants doivent être rapprochés du coût d’un forage d’exploration, compris entre 2 et 20 millions d’euros selon la profondeur. Autrement dit, l’enveloppe publique permettrait au mieux de soutenir quelques forages en France sur une décennie.
Le véritable enjeu pourrait toutefois se situer au niveau européen. Le Parlement recommande que l’hydrogène naturel soit officiellement reconnu comme une source de production bas carbone lors de la prochaine révision de la stratégie hydrogène de l’Union européenne, prévue en 2027. Aujourd’hui, cette ressource ne figure toujours dans aucune catégorie réglementaire européenne, ce qui limite l’accès des projets aux dispositifs de soutien.
Enfin, les rapporteurs pointent un handicap bien connu des industriels français : les délais administratifs. Selon eux, l’obtention d’un permis d’exploration nécessite environ 18 mois en France, contre seulement trois à six mois en Allemagne. Ils soulignent également que les données géologiques françaises restent payantes, alors que plusieurs pays comme l’Australie les mettent gratuitement à disposition des porteurs de projets.
Au final, ce premier rapport parlementaire ne ferme pas la porte à l’hydrogène naturel. Il rappelle simplement que, derrière l’engouement suscité par les annonces récentes, la démonstration scientifique, technique et surtout économique reste encore largement à construire.

