À pleine capacité, l’installation doit produire 600 tonnes d’hydrogène vert par jour. Celui-ci sera transformé en ammoniac, avec un objectif de 1,2 million de tonnes par an destinées à l’export. Le dimensionnement du site permet de mieux comprendre son fonctionnement. Produire 600 tonnes d’hydrogène chaque jour représente environ 219 000 tonnes par an. En retenant une consommation système de 52 kWh par kilogramme, cela correspond à environ 11,4 TWh d’électricité.
Rapportée aux 2,2 GW d’électrolyse installés, cette production implique un facteur de charge proche de 59 %. Du côté des quelque 4 GW de capacités renouvelables dédiées au complexe, il serait de l’ordre de 33 %. Calculées par notre rédaction à partir des données publiées, ces estimations apparaissent cohérentes avec les ressources solaires et éoliennes de la région. Autre particularité : la capacité des électrolyseurs est volontairement supérieure d’environ 40 % à la puissance moyenne nécessaire pour atteindre l’objectif de production. Une façon d’absorber les pics de production solaire et éolienne plutôt que de perdre cette électricité.
Une mise en service prévue en 2027
Si la construction est achevée, le calendrier initial n’a en revanche pas été totalement tenu. En mai 2023, lorsque la coentreprise annonçait avoir bouclé le financement de l’installation, l’objectif était d’atteindre une capacité de 600 tonnes d’hydrogène par jour d'ici à fin 2026.Cette échéance avait déjà été avancée au début de la décennie par Peter Terium, alors responsable énergie de NEOM. Le directeur général d’ACWA Power, Samir Serhan, évoque désormais une exploitation commerciale en 2027.
Ce décalage d’environ un an doit toutefois être replacé dans le contexte du marché. NEOM est un premier de série à une échelle encore jamais atteinte et, depuis son lancement, de nombreux projets d’hydrogène vert annoncés à travers le monde ont été abandonnés avant même d’atteindre leur décision finale d’investissement.
Le complexe saoudien, lui, a continué d’avancer. Il affichait déjà 80 % d’avancement au printemps 2025. La fin du chantier ne signifie cependant pas la fin des difficultés. La phase d’essais doit précisément vérifier que production renouvelable intermittente, électrolyse, purification de l’hydrogène et boucle de production d’ammoniac peuvent fonctionner ensemble de manière fiable.
Air Products cherche à limiter son exposition commerciale
En parallèle du chantier, un autre enjeu se joue autour de la commercialisation de la future production. Air Products s’est engagé en 2023 à acheter la totalité de l’ammoniac produit par NEOM pendant trente ans, à prix ferme. Cet engagement a largement contribué à rendre le projet finançable, mais il concentre aussi sur le groupe américain une part considérable du risque commercial. Car le marché capable d’absorber de tels volumes d’ammoniac vert reste encore à construire.Le 30 juillet dernier, Air Products a ainsi annoncé la finalisation d’un accord de commercialisation et de distribution avec le norvégien Yara. Le fabricant d’engrais doit écouler via son réseau mondial les volumes d’ammoniac qu’Air Products ne convertira pas en hydrogène pour le marché européen, en échange d’une commission variable.
Le dispositif permet de réduire le risque lié aux volumes à commercialiser, mais pas celui portant sur leur prix. Le directeur général d’Air Products, Eduardo Menezes, a d’ailleurs indiqué que la prime accordée à l’ammoniac vert serait plus faible durant la première année. Le groupe prévoit pour l’heure un impact neutre de NEOM sur ses comptes au cours de l’exercice 2027.
Un démonstrateur à grande échelle qui doit valider toute une filière industrielle
C’est peut-être là que réside le principal intérêt du projet. NEOM doit fournir une donnée qui manque encore à toute l’industrie : le comportement réel, sur une longue période, d’une installation d’électrolyse de plusieurs gigawatts directement confrontée à l’intermittence de productions solaire et éolienne.Disponibilité des équipements, vieillissement des stacks, rendement réel, capacité à suivre les variations de la production renouvelable ou encore stabilité de la boucle ammoniac : les premiers mois d’exploitation devraient fournir des données inédites à cette échelle.
Ces résultats seront particulièrement suivis par une industrie qui a jusqu’ici beaucoup travaillé à partir de modèles et d’hypothèses économiques. NEOM permettra de confronter une partie de ces hypothèses aux conditions d’exploitation réelles.

