Une partie de la cinquième conférence du cycle proposé par la Société d’encouragement pour l’industrie nationale était dédiée à la mobilité maritime à hydrogène. Pour en parler, Victorien Erussard, capitaine fondateur du catamaran à zéro émission Energy Observer.
Qu’est-ce qui se cache derrière le programme Energy Observer ? Tout d’abord le fameux navire laboratoire qui parcourt le monde depuis plus de 4 ans. Il se présente comme un véritable ambassadeur de la transition énergétique et de l’hydrogène décarboné. Lui sont associées une fondation qui mène «
des actions de sensibilisation et de pédagogie pour un monde plus durable » et une agence de productions audiovisuelles multi-supports «
pour informer et inspirer tous les publics ». Le tout mobilise une trentaine de personnes. Créée en 2019, la filiale EODev s’est ajoutée à l’ensemble, employant 60 collaborateurs.
Cette nouvelle entité est à percevoir comme «
un accélérateur de la transition énergétique » capable de fournir «
des solutions industrielles, durables, fiables et accessibles ». Ainsi, fonctionnant à l’hydrogène, des générateurs terrestres GEH2 pour électrifier des événements, des datas centers, etc.
Egalement dotée d’une puissance de 100 kVA, l’offre REXH2 est une déclinaison pour les applications maritimes. Pour exemple d’exploitation, l’alimentation électrique des bateaux de Corsica Ferries quand ils sont à quai. Le catalogue comprend des stations flottantes de distribution dont la capacité varie en fonction des besoins, de 200 à 580 kilos d’hydrogène. EODev a aussi développé une application compatible iPhone et Android qui permet de localiser et d’accéder aux stations de ravitaillement, mais aussi de payer le volume délivré.
95 000 navires de commerce
Victorien Erussard a chiffré à 95 000 les navires de commerce qui circulent aujourd’hui à travers le monde. Soit une masse globale en mouvement qui se rapproche des 2 milliards de tonnes, c’est-à-dire celle de tous les poissons et mammifères des océans. Cette flotte déplace environ 10,7 milliards de tonnes de fret chaque année. Soit «
soit 80 % du commerce total en volume », commente le conférencier.
Pour répondre à cette explosion des échanges, les bateaux dédiés sont toujours plus grands, plus nombreux, dotés d’une vitesse de croisière croissante. Ces déplacements grillent entre 250 et 300 millions de tonnes de combustibles fossiles sur la même période. Avec 1 Gt de CO2 émis par an, le secteur maritime pèse 2,9 % des émissions mondiales de GES. Cette part concerne à 87 % les navires de marchandises.
Feuille de route pour 2050
En 2018, l'Organisation maritime internationale (OMI) a adopté une stratégie de réduction de l’empreinte CO2 du secteur. Pour 2030, par rapport à 2008, l’intensité carbone doit être réduite de 40 %, et de 70 % à échéance 2050.
Parmi les leviers à actionner prioritairement d’ici 2023 : la réduction de la vitesse des navires. A moyen terme, c’est-à-dire à échéance 2030, les motorisations des navires doivent devenir plus efficientes. Mais c’est surtout l’instauration d’une taxe carbone spécifique qui déciderait les compagnies concernées à faire les bons choix.
Cette nouvelle fiscalité serait également de nature à doper les investissements dans les carburants alternatifs. Au-delà de 2030, l’effort porterait sur le développement de ces derniers qui devront être neutres en CO2. Ainsi avec l’
hydrogène liquide et l’ammoniac. D’autres leviers à actionner sont déjà disponibles, comme la planification de meilleurs itinéraires, les innovations sur le design des coques des bateaux, et la récupération de la chaleur aujourd’hui perdue. En 2020, 572 bateaux étaient alimentés avec des carburants alternatifs, soit 0,6 % des navires en service.
Le bruit aussi
Elle est peu mise en avant, et pourtant la pollution sous-marine des navires pose également des problèmes importants. Les moteurs, les pompes de refroidissement, la cavitation des hélices et les vibrations dues à la fois à la forme des coques et à la vitesse importante en sont les principales sources.