Japon : une stratégie hydrogène fantaisiste ?

Japon : une stratégie hydrogène fantaisiste ?
Pour Renewable Energy Institute (REI), groupe japonais de réflexion sur les énergies renouvelables, la stratégie nationale du Japon en matière d'hydrogène - une première mondiale lorsqu'elle a été dévoilée fin 2017 - ne contribuera en rien à la décarbonation de la nation. Son dernier rapport, totalement à charge, évoque un plan qui doit être « fondamentalement révisé », qualifiant même les éléments déjà mis en œuvre de  « fantaisistes et consternants » et d’« échec complet ».

« Il est communément admis dans le monde entier que l'hydrogène doit être limité aux applications pour lesquelles il serait difficile de parvenir à la décarbonation par d'autres méthodes », mais le Japon a, au contraire, défini la vision d'une «société de l'hydrogène où il est utilisé dans tous les secteurs », tout en encourageant et en subventionnant l'utilisation de H2 gris hautement polluant. Dès les premières lignes, le rapport publié par REI, dont le seul titre «Re-examining Japan's Hydrogen Strategy : Moving beyond the Hydrogen Society’s Fantasy» résume la teneur, met en évidence l’échec de la politique conduite par le gouvernement nippon.
 
Trois erreurs sont pointées comme « à rectifier sans délai » : absence de définition de champs d’intervention prioritaires, prédominance accordée à l' hydrogène gris et bleu issus des combustibles fossiles et manque d'intérêt pour la production nationale d'hydrogène vert.

Les piles à combustibles pour véhicules individuels pointées du doigt

L’absence de champs d’application prioritaires est surtout soulignée pour son option récurrente pour les « mauvaises idées ». Particulièrement montré du doigt, le choix du soutien inconditionnel à l'utilisation de piles à combustible pour les voitures particulières et la production combinée de chaleur et d'électricité.
 
Plus de la moitié des 3,2 milliards d’euros, consacrés par Tokyo au développement de l’hydrogène, l’ont été pour les piles à combustible automobiles et résidentielles, ainsi que pour la structuration d’un réseau de stations de ravitaillement. Résultat ? Des ventes de véhicules ou de piles résidentielles qualifiées de « léthargiques » par le REI. Au rythme actuel, ce sont au maximum 20.000 véhicules à pile à combustible qui seront vendus sur le territoire japonais.

Comme si cela ne suffisait pas, « réalisant que sa stratégie en matière d'hydrogène, qui se concentrait principalement sur les piles à combustible résidentielles et les véhicules à pile à combustible, était au point mort, le gouvernement a changé d'orientation... pour se concentrer sur la co-combustion de l'hydrogène et de l'ammoniac dans les centrales thermiques existantes » un non sens dans la mesure où cela vise purement et simplement à  «prolonger la durée de vie de l'électricité produite à partir du charbon, qui est censée être supprimée en 2030 ».

Une absence de vision éco-responsable

 Au-delà de mauvais choix stratégiques d’emploi de l’hydrogène, le REI souligne l’absence de vision éco-responsable des autorités nippones qui donnent la priorité et offrent une aide financière à l'hydrogène gris dérivé des combustibles fossiles : « jusqu'en 2030 au moins, la principale source d'approvisionnement dans la stratégie du gouvernement est l'hydrogène gris, qui ne contribue pas du tout à la réduction des émissions de CO2. De plus, il ne définit même pas les niveaux d'émissions acceptables de l'hydrogène bleu (c'est-à-dire l'hydrogène gris avec capture et stockage du carbone) ».

Le rapport ajoute que, comme les émissions liées à la production d'hydrogène gris par reformage du méthane à la vapeur sont 35 % plus élevées que celles liées à la combustion du gaz naturel, un taux de cocombustion de 30 % d'hydrogène et de 70 % de méthane dans les centrales électriques - comme le propose le plan énergétique stratégique 2021 du gouvernement - augmenterait en fait les émissions de 10 % par rapport à une cocombustion nulle.
 

Retard dans la production d'hydrogène vert

Comme si cela ne suffisait pas, l’étude menée par le REI pointe le « plus gros problème » : la priorité accordée à l'hydrogène fossile qui conduit à un « retard important pris dans la production nationale d'hydrogène vert ». Il est même qualifié d’« effroyable », par rapport à l’Europe et à la Chine ; tant sur le plan du volume produit que dans le développement de l’industrie de fabrication des électrolyseurs.

« Les entreprises européennes et chinoises, qui développent déjà les électrolyseurs en tant qu'activité commerciale, ont livré 1.000 à 3.500 unités et prévoient de construire un système de production de l'ordre du gigawatt dans les prochaines années. En revanche, l'un des deux [principaux] fabricants japonais d'électrolyseurs en est encore au stade de la démonstration, et si l'autre a commencé ses livraisons, l'échelle reste inférieure à celle des entreprises d'autres pays. »
 
 « Après avoir connu la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011 et avoir été contraint de dépendre des combustibles fossiles d'autres pays pendant de nombreuses années, le Japon devrait tirer parti de la tendance à la transition vers les énergies renouvelables et jouer le rôle de leader mondial de la décarbonation et de l'indépendance vis-à-vis des combustibles fossiles » conclut le milliardaire japonais Masayoshi Son, fondateur du REI. « Mais au lieu de cela, il s'est accroché à des politiques qui maintiennent l'ancien système d'approvisionnement énergétique. Aujourd'hui encore, certains membres du gouvernement ne comprennent pas l'énorme potentiel des énergies renouvelables au Japon et s'accrochent obstinément aux combustibles fossiles et à l'énergie nucléaire. Si le Japon modifie sa stratégie et ses politiques, il pourra jouer un rôle important dans le secteur mondial de l' hydrogène vert en tirant parti de l'expérience des entreprises japonaises acquise grâce aux efforts déployés pour construire une chaîne d'approvisionnement. Mais le temps presse ».

 

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