Le dirigeant s’exprimait le 21 septembre deriner lors d’un forum consacré à l’économie hydrogène organisé à Séoul par l’Académie nationale d’ingénierie de Corée. Son constat est clair : sans orientation politique stable sur une période de dix à vingt ans, les industriels auront du mal à engager les capitaux nécessaires
Hyundai réclame une visibilité à long terme
« Quand la politique elle-même manque de transparence, les décisions d'investissement deviennent extrêmement difficiles », a expliqué Shin Seung-gyu.Pour Hyundai, le développement d’une nouvelle filière technologique ne peut pas dépendre d’orientations susceptibles de changer tous les deux ou trois ans. Les technologies, les infrastructures et les capacités industrielles nécessaires à l’hydrogène se construisent progressivement, parfois pendant plusieurs décennies Le responsable estime donc qu’une orientation publique cohérente sur dix à vingt ans est indispensable pour permettre aux entreprises de planifier leurs investissements et d’en mesurer les risques.
Shin Seung-gyu, vice-président chargé de la planification stratégique de Hyundai Motor Group
Le constat est d’autant plus sensible que la Corée du Sud faisait figure de pionnière. En 2019, le pays avait été le premier au monde à présenter une feuille de route nationale consacrée à l’économie hydrogène. Mais selon Shin Seung-gyu, sa mise en œuvre a depuis connu plusieurs à-coups.
Selon lui, ces changements compliquent les décisions des industriels, qui doivent pourtant engager des sommes importantes sur des projets dont la rentabilité se mesure à long terme. Pour Hyundai, une clarification de la place de l’hydrogène dans la politique énergétique nationale pourrait suffire à débloquer davantage d’investissements privés.
La Chine inquiète
La comparaison avec la Chine a occupé une place importante dans l’intervention du dirigeant. Pékin progresse rapidement dans plusieurs segments stratégiques, de la mobilité à l’électrolyse en passant par la production d’électricité à partir d’hydrogène.Shin Seung-gyu redoute ainsi un scénario particulièrement pénalisant pour les industriels coréens : disposer de technologies déjà maîtrisées, mais ne pas les avoir déployées suffisamment vite pour qu’elles conservent leur avantage au moment où le marché se développe. Autrement dit, certaines technologies pourraient devenir obsolètes avant même d’avoir été commercialisées à grande échelle face à un géant chinois qui avance beaucoup plus vite...
Pour autant, le groupe considère toujours l’hydrogène comme un investissement de long terme, destiné moins à répondre aux besoins de la génération actuelle qu’à préparer celle qui suivra. Cette stratégie s’est encore matérialisée fin août avec le recrutement de Hong Eun-hee, ancienne cadre de BP, pour prendre la tête de la division énergie et hydrogène du groupe.

