Pionnier et novateur en mobilité électrique, puis dans la production de bioGNV pour alimenter principalement des poids lourds, le SyDEV (Syndicat de l’énergie départemental) et sa SEM Vendée Energie poursuivent avec l’hydrogène leur marche passionnée pour le développement durable, l’énergie décarbonée et la mobilité vertueuse.
Au premier semestre 2021, la Vendée devrait inaugurer en France avec Lhyfe une unité de production d’hydrogène vert à l’échelle industrielle qui constituera une première française, et même européenne, à bien des égards. Une station d’avitaillement sera ouverte en même temps. La demande des collectivités, de professionnels et de particuliers enfle déjà en Vendée pour la mobilité hydrogène perçue comme efficace pour réaliser de longues distances avec le plein en énergie. Des bus, des bennes à ordures ménagères, des voitures particulières, des utilitaires légers et même des poids lourds convertis chez e-Néo formeront une première flotte H2. Et des bateaux ? Aussi !
Lhyfe
Fondée en 2017 par son dirigeant Matthieu Guesné, la startup Lhyfe cherche à développer un modèle de production d’hydrogène vert ambitieux et efficace. Si l’unité de production vendéenne qui sera sa
première réalisation reposera sur la terre ferme, à proximité du parc éolien de Bouin, les futurs projets s’appuieront sur un modèle de plateforme offshore reposant en mer à une cinquantaine de kilomètres des côtes. Une distance suffisante pour ne pas gêner la vue vers le large mais suffisamment proche pour optimiser le transport de l’hydrogène dans les limites terrestres de l’Hexagone.
Parc éolien libre
« Produire de l’hydrogène totalement décarboné est un sujet qui me taraude depuis longtemps. L’hydrogène, c’est l’avenir de la mobilité », nous confie Alain Leboeuf, président du SyDEV. «
En 2016 nous avons déposé auprès de la ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, un dossier pour faire suite à son appel à manifestation d’intérêt dédié à l’hydrogène. Et ce en anticipant la fin de l’obligation d’achat d’électricité qui nous liait avec EDF jusqu’en juin 2017 pour le parc éolien de Bouin. Puisque le site allait être libéré, autant utiliser les infrastructures amorties pour servir un projet expérimental », poursuit-il. «
Sur les 8 éoliennes qui composent le parc, 3 sont la propriété de Vendée Energie. Dans un premier temps, nous pensons utiliser 30% de la production de ces dernières, avec une augmentation progressive en fonction des besoins, le reste étant injecté dans le réseau électrique », planifie notre interlocuteur.
Club des élus ambassadeurs de hydrogène
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En 2017, Valérie Nouvel, vice-présidente du Conseil départemental de la Manche, Claire Bourgeois-République, vice-présidente de la communauté dʼagglomération du Grand Dole, et moi-même avons créé le Club des élus ambassadeurs de l’hydrogène », rappelle Alain Leboeuf. «
A ce titre, j’assistais à la Maison de la Chimie, à Paris, en juin 2018, à l’intervention de Nicolas Hulot, ministre de l’Environnement et de la Transition solidaire, sur son programme de développement de l’hydrogène en France. J’ai ensuite pris la parole afin de plaider la cause des territoires pour porter ce programme », relate-t-il.
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En Vendée, par exemple, nous avions tout ce qu’il fallait : les ingénieurs, une économie très dynamique, des chefs d’entreprises vraiment ouverts sur le développement durable, une société d’économie mixte novatrice, mais nous n’avancions pas. J’avais à cœur que notre département montre l’exemple », revoit-il. «
A la fin de mon intervention, un homme est venu me voir : Matthieu Guesné. Il souhaitait que nous discutions de ma vision du développement de l’hydrogène », se souvient-il.
Bonne rencontre
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Le fondateur de Lhyfe et moi nous sommes revus rapidement derrière, dès le mois de juillet suivant. Il m’a expliqué que son projet entrait en phase de développement. Dans le détail, ça correspondait en tout point à ce que je voulais. Il y avait ce souci de ne pas peser sur les réseaux électriques, de s’installer dans des zones où les énergies renouvelables sont le moins intermittentes », rapporte le président du SyDEV. «
‘Il faut que votre projet s’ancre chez nous ! Il ne doit pas partir ailleurs en Europe’, lui ai-je dit », témoigne notre interlocuteur. « Le démarrage de Lhyfe en Vendée est donc d’abord une rencontre, une histoire d’hommes », s’amuse-t-il. «
C’est malin l’idée des plateformes de production offshores : ça résout le problème d’approvisionnement en eau pour l’électrolyse, en puisant directement dans la mer, sans toucher à l’eau potable », souligne-t-il.
Première en France
« L’unité Lhyfe de Bouin produira 300 kilos d’hydrogène par jour. Nous sommes déjà là dans une échelle industrielle. Cette installation sera donc la première unité de production d’hydrogène vert de cette envergure. Aujourd’hui il en existe déjà de petites qui sortent, par exemple, 20 kg d’hydrogène par jour », indique Alain Leboeuf. Il ajoute :
« Avec notre projet, ce ne sont pas les certificats d’origine que nous allons chercher, mais bien les électrons d’origine. Et ça aussi c’est une première de brancher directement à un important électrolyseur une source d’énergie intermittente et de savoir composer avec ».