Mais avant d’y parvenir, une fraction du carburant est détournée vers une petite chambre de combustion auxiliaire. Cet hydrogène est brûlé afin de produire la chaleur nécessaire pour réchauffer le flux principal de carburant.

Autrement dit, le moteur utiliserait une petite partie de son propre hydrogène pour préparer le reste du carburant à sa combustion. Une architecture autoentretenue qui permet de s’attaquer à l’une des contraintes majeures de l’hydrogène liquide.

Le casse-tête des -253 °C

Car l’hydrogène liquide doit être conservé à environ -253 °C. Une température extrême qui impose non seulement des réservoirs fortement isolés, mais complique également l’acheminement du carburant et le contrôle de sa combustion.

Avec son brevet, Rolls-Royce ne cherche donc pas directement à augmenter la puissance de ses futurs moteurs. Le constructeur s’attaque en amont à la maîtrise du carburant entre son stockage à très basse température et son arrivée dans le brûleur. Un chantier technique moins spectaculaire que la mise au point d’un moteur complet, mais indispensable si l’hydrogène doit un jour trouver sa place à bord d’avions commerciaux.


Des avions à hydrogène de 30 à 40 places dans le viseur

Rolls-Royce ne prévoit pas de faire voler des gros-porteurs à l’hydrogène avec cette technologie. Le motoriste cible d’abord des avions de petite et moyenne taille.

Une première étape pourrait concerner des avions légers avant la fin de la décennie actuelle. À plus long terme, Rolls-Royce vise des appareils capables d’accueillir de 30 à 40 passagers à partir du milieu des années 2030.

Pour les long-courriers, le groupe britannique se montre beaucoup plus prudent. Il considère que les carburants d’aviation durables utilisés dans des turbines à gaz devraient rester la solution la plus probable. En cause notamment : le volume nécessaire au stockage de l’hydrogène et la densité de puissance limitée des piles à combustible.

Rolls-Royce reconnaît ainsi que l’utilisation de l’hydrogène pour alimenter de grands avions demeure discutable sur le plan technique.

À préciser que ce nouveau brevet ne constitue pas une initiative isolée. Le motoriste britannique travaille depuis plus de quatre ans sur la combustion de l’hydrogène et a déjà multiplié les expérimentations.

En avril dernier, Rolls-Royce et easyJet avaient ainsi fait fonctionner un moteur Pearl 15 modifié avec 100 % d’hydrogène sur un cycle complet au centre spatial Stennis de la NASA.

Rolls-Royce avait auparavant expérimenté ce carburant sur un moteur AE 2100 et travaillé sur une pompe cryogénique spécifiquement destinée à l’hydrogène. Ses recherches bénéficient également de financements européens dans le cadre d’Horizon Europe. L'entreprise participe également au projet CAVENDISH de l’initiative Clean Aviation.

Une multiplicité d'initiatives qui contrastent avec la position du motoriste, qui reste très prudent sur l’avenir de l’hydrogène dans l’aviation. Fin 2023, son directeur général Tufan Erginbilgic avait déclaré à Bloomberg ne pas croire que l’hydrogène jouerait un rôle dans les quinze à vingt prochaines années.

Le dépôt de ce brevet ne signifie évidemment pas qu’un avion commercial équipé de cette technologie verra le jour. Il montre en revanche que Rolls-Royce continue de travailler sur les briques techniques nécessaires pour conserver cette option ouverte.