Il ne manque plus que quelques composants du système d’alimentation en hydrogène pour que le tracteur distingué en 2022 par les Trophées des TP soit opérationnel. Arnault Peugniez et Jérémy Cantin nous expliquent ce rétrofit très particulier.
À y regarder de plus près, il n’est finalement pas si étonnant que l’entreprise Charier se présente comme une pionnière de la mobilité hydrogène des gros engins. Son parcours est atypique à plus d’un titre. Ses origines, déjà, remontent à environ 125 ans. Et ce sont toujours des membres de la famille (5e génération) qui assurent la gouvernance de la structure, à l’origine familiale, devenue société anonyme à directoire en 2005. Les 1 700 collaborateurs portent un chiffre d’affaires de 330 millions d’euros enregistré en 2021. Charier intervient dans différents secteurs, plus particulièrement en rapport avec les travaux publics (grands terrassements, génie civil, constructions de routes, démolitions de bâtiments, etc.). «
L’entreprise à une politique RSE très forte, avec déjà beaucoup d’actions engagées », lance Arnault Peugniez, directeur Matériel et Achats pour Charier.
En 2020, Charier a ouvert son nouveau siège social à Couëron, à l’ouest de Nantes, en Loire-Atlantique. Les bâtiments constituent un véritable démonstrateur. Arnault Peugniez nous liste quelques-unes de leurs caractéristiques : «
Label Passivhaus, des panneaux photovoltaïques en toiture, pas de chauffage, une eau chaude obtenue de solives avec serpentins dans l’enrobé, etc. Tout cela s’inscrit dans nos objectifs de réduire de 50 % les émissions de CO2 d'ici à 2030 ». Pour la mobilité, Charier propose depuis quelques années, sur la base du volontariat, le passage à l’électrique des véhicules de fonction. «
Aujourd’hui, une voiture sur deux renouvelées est électrique, avec une mise à disposition 25 jours par an d’un modèle thermique pour partir en vacances. Des bornes de recharge sont installées au domicile des collaborateurs. Tout est fait pour faciliter la transition », commente-t-il.
Pourquoi le rétrofit ? «
Les constructeurs ne peuvent aujourd’hui répondre à nos besoins en véhicules de travaux publics fonctionnant à l’hydrogène. Par le rétrofit, nous avons voulu montrer que nous sommes engagés et que nous avons des attentes fortes sur le sujet. Même si un modèle hydrogène coûte 3 à 4 fois plus cher à exploiter qu’un équivalent diesel », explique Arnault Peugniez. «
Quand le projet a démarré mi-2020, notre volonté était de convertir 2 véhicules : un tracteur agricole et une pelle à chenille de 20 tonnes. Pour cette dernière, nous nous sommes vite heurtés au problème de l’avitaillement en hydrogène sur les chantiers. Pas question de transporter l’engin tous les jours avec un porte-chars pour faire le plein des réservoirs », raconte-t-il. « Même si ce projet est actuellement en stand-by, nous espérons pouvoir le mener à bien ultérieurement. En revanche, le tracteur peut se rendre lui-même par la route à la station d’avitaillement », compare-t-il.
Une station sur mesure
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Pour l’avitaillement du tracteur en hydrogène, les entreprises contactées souhaitaient surtout nous vendre une station à 500 000 euros ou à 1 million. À l’exception de la société Europe Technologies [NDLR : Siége à Carquefou (44)] qui nous a proposé une solution intéressante : développer une architecture mobile avec une facturation à la consommation », détaille Arnault Peugniez.
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Nous avons signé avec eux. La station prend place dans un conteneur déposé à notre agence de La Turballe. Elle délivrera de l’hydrogène vert fourni par l’entreprise nantaise Lhyfe à partir de son électrolyseur de Bouin, en Vendée. Un camion transportera chaque semaine le conteneur pour effectuer le plein en hydrogène [NDLR : Distance La Turballe jusqu'à Bouin = 75 km] », poursuit-il. «
Cette station dite mobile a cependant nécessité quelques travaux de génie civil. Notamment l’érection de murs d’une certaine hauteur pour la sécurité. Pour le stockage de l’hydrogène, le conteneur abrite une cascade de bouteilles reliées les unes aux autres », précise-t-il.