Bert&You : « Un écosystème hydrogène vert à trouver pour la mobilité lourde »

Bert&You : « Un écosystème hydrogène vert à trouver pour la mobilité lourde »
Directeur Mobilités Vertes de Bert&You, Yann Colin détaille les initiatives de l'entreprise pour décarboner ses activités.
L’an prochain, le transporteur routier et logisticien Bert&You déploiera six camions à hydrogène. Son directeur Mobilités Vertes, Yann Colin, partage les étapes franchies, pour arriver à ce premier résultat, et les freins à lever, pour soutenir l’ hydrogène vert dans la mobilité lourde.
 
Quels sont les leviers et l’état actuel de vos initiatives pour décarboner vos activités dans le transport routier ?
 
Yann Colin (YC) : La décarbonation du transport, chez Bert&You, est fondée sur un mix énergétique, le renouvellement des véhicules ainsi que la mobilisation et la formation de nos équipes, au sein d’une démarche RSE plus globale. Elle vise à accompagner la stratégie verte de nos clients et d’en convaincre d’autres d’entrer dans ce processus vertueux.

Dès 2015, nous avons commandé nos premiers tracteurs au gaz. Aujourd’hui, la flotte GNV de Bert&You compte 50 tracteurs et porteurs, de marque Iveco (sur 2 800 cartes grises dont 1 300 moteurs, ndlr). Près de 90 % de ce parc GNV fonctionne au gaz liquéfié, avec des autonomies de plus de 1 000 km, exploité sur des trajets « longue distance ». Via des stations publiques, 100 % du gaz consommé est certifié bio, dans le cas du GNC, et vert, dans celui du GNL.  Nous investissons aussi dans le biocarburant XTL/HVO, qui compose notre mix énergétique avec l’électrique à batteries. Six tracteurs électriques de cours, rétrofités par Neotrucks ou neufs de Blyyd, sont déployés chez des distributeurs actuellement.   
 

Aujourd'hui, la flotte Bert&You compte 50 tracteurs et porteurs fonctionnant au gaz naturel.
 
Comment va évoluer votre stratégie pour décarboner vos activités de transport ?

YC : Notre stratégie, sur les trois prochaines années, intègre plusieurs paramètres évolutifs : les nouvelles attentes clients, la volonté de Bert&You d’accélérer la décarbonation de ses activités, les innovations technologiques et les modèles économiques rentables, capables de supporter nos objectifs de croissance. L’augmentation, due à la volatilité du prix du gaz, par exemple, a diminué son attractivité, son acceptabilité et sa compétitivité économique et commerciale. A court terme, les investissements dans cette énergie seront davantage guidés par la volonté d’utiliser du véritable biogaz, liquéfié et compressé. A proximité de notre siège, à Saint Rambert d’Albon, dans la Drôme (26), nous collaborons à un projet de méthaniseur. Cette installation produira un carburant 100 % biogaz, d’ici fin 2024/début 2025.

S’agissant de l’électrique à batteries, trois tracteurs Volvo Trucks et un porteur 16 tonnes Renault Trucks, nous serons livrés d’ici à la fin de l’année. En parallèle, deux stations de recharge électriques, équipées chacune de trois bornes de 200 kWh, seront aménagées sur notre siège d’Albon et à Sorgues (84). Enfin, le biocarburant XTL/HVO conserve toute sa pertinence dans la décarbonation de nos activités, dans une phase de transition énergétique où nos premiers projets, dans l’hydrogène, se concrétiseront dès l’an prochain.
 
Quels seront les développements de Bert&You dans l’hydrogène en 2024 ?

YC : Bert&You va recevoir cinq véhicules à hydrogène, à pile à combustible sur de longs contrats : deux porteurs 26 tonnes de marque Hyundai, déployés en double poste dans la grande distribution, et trois tracteurs Iveco FCEV 6x2, utilisés pour des tractions et le compte d’industriels. Avec des autonomies jusqu’à 650 km, ils seront alimentés en hydrogène vert et renouvelable par des stations, dont celles d’Hyliko en Ile-de-France (et en Auvergne Rhône-Alpes en projet en 2025), ainsi que celle d’un partenaire en Bourgogne Franche-Comté.
 
Ces déploiements se feront dans le cadre de contrats de sept ans, avec des clients engagés, à nos côtés, dans la mise en œuvre de solutions « hydrogènes », depuis au moins deux ans.
 
Un sixième tracteur hydrogène rétrofité et à pile à combustible, fourni par Hyliko, sera également opéré en Ile-de-France, pendant les JO, pour livrer les sites olympiques et para-olympiques.


 
Quel premier bilan dressez-vous sur l’hydrogène dans le transport routier ?

YC : Bert&You n’a pas attendu que les véhicules à hydrogène soient disponibles et homologués en France pour investir dans cette technologie. Nos recherches et travaux dans ce domaine, menés avec des experts tels que Hyliko, Lhyfe ou Engie, montrent que l’hydrogène est un carburant d’avenir pour la mobilité lourde.
 
A deux conditions, essentielles à nos yeux, toutefois : l’hydrogène utilisé doit être 100 % bas-carbone et/ou renouvelable et les projets doivent être lancés avec le concours de clients engagés sur la durée. Cet engagement commercial permet d’avoir de la visibilité et de partager les risques, dont financiers.
 
Technologie de rupture, la mobilité lourde à hydrogène est dans une phase d’amorçage. Le coût total de possession avec conducteur, ou TCO, pour un véhicule hydrogène à pile à combustible, y est deux fois plus élevé, par rapport à un véhicule roulant au diesel B7.
 
Autre élément à prendre en compte, l’hydrogène vert représente 50 % du coût global, contre 25 à 30 % dans le cas du gazole B7. Démontrée par Hyundai ou Toyota notamment, la fiabilité (ou taux de service) des systèmes à pile à combustible est excellente, équivalente à celle avec du diesel, autour de 96 % ! Enfin, selon l’ADEME, l’hydrogène permet de réduire 100 % des émissions de CO2 et les polluants, tels que les NOX et les particules fines.
 
Est-ce que toutes les conditions sont réunies pour soutenir cette phase d’amorçage de l’hydrogène vert dans la mobilité lourde, selon vous ?
 
YC : Les plans et programmes de soutien, français et européens, destinent l’hydrogène vert à l’industrie, en priorité. Cette énergie possède, pourtant, un réel potentiel pour décarboner la mobilité lourde, au même titre que l’électrique à batteries. Ces deux technologies ne sont d’ailleurs pas à opposer ; elles sont complémentaires dans le transport routier lourd : de fret, de voyageurs et off-road.
 
Pour surmonter le surcoût dans la phase d’amorçage actuelle, un soutien financier public ciblé est nécessaire pour mettre à une échelle compétitive l’hydrogène vert dans la mobilité lourde.
 
Des entreprises comme Bert&You, avec leurs clients et partenaires, n’ont pas les capacités financières pour passer, seules, cette phase d’amorçage au risque, sinon, de les fragiliser. Il est essentiel de mettre en œuvre un écosystème global adapté, pour soutenir l’hydrogène vert et renouvelable dans la mobilité lourde.
 
Propos recueillis par Erick Demangeon
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