Hydrogène : l'énergie verte du monde d'après - Entretien avec Michel Delpon

Hydrogène : l'énergie verte du monde d'après - Entretien avec Michel Delpon
Michel Delpon est l’auteur d’un livre dédié à l’hydrogène renouvelable. Le président du groupe d’études Hydrogène à l’Assemblée nationale nous explique sa démarche.
 
Egalement député de la Dordogne et commissaire du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, Michel Delpon est le « Monsieur hydrogène » du Palais Bourbon. C’est donc avec passion et surtout convictions qu’il a produit cet ouvrage de 288 pages intitulé « Hydrogène renouvelable. L’énergie verte du monde d’après » (17 euros).

Publié par NomBre7 éditions dans la collection Hippocrate, il se présente comme une référence sur son sujet. L’hydrogène vert est de plus en plus souvent au cœur des projets de développement durable. Et ce, simultanément aux 4 coins du monde. Voilà pourquoi un tel travail de synthétisation est important pour éliminer les préjugés tenaces qui entourent encore trop la molécule H2. A la place, le produit énergétique s’affirme comme un élément essentiel en économie durable et solidaire.
 

Pourquoi ce livre ?

« En tant que député, je me suis spécialisé dans la transition écologique et énergétique depuis le début de mon mandat. L’hydrogène apparaît comme le vecteur énergétique le plus efficient. J’étais un peu tout seul à le penser en 2017 comme élu, mais aussi vis-à-vis du gouvernement qui n’était pas encore impliqué sur le sujet. Beaucoup pensaient que l’hydrogène ce serait pour plus tard. Je suis au contraire persuadé que c’est pour tout de suite », lance Michel Delpon.

« J’ai fait l’analyse que le tout batterie mènerait dans un mur. Le bilan carbone des voitures électriques classiques n’est pas satisfaisant avec des batteries fabriquées en Chine. En parallèle, le prix de l’hydrogène est à la baisse », compare-t-il. « Dans mon livre, je retrace cet historique depuis 2017, avec la montée en puissance de l’hydrogène à partir de 2019, symbolisée par la création de coentreprise de grande envergure. Avec des acteurs comme Michelin et EDF, par exemple », poursuit le député.
 

Une crise sanitaire révélatrice

« La crise sanitaire a révélé en 2020 la nécessité d’accélérer la transition écologique. L’hydrogène a été placé au centre dans le courant de l’été dernier. En peu de temps nous sommes passés d’un plan hydrogène à 100 millions d’euros lancé par Nicolas Hulot, à un pacte qui pèse 10 milliards d’euros », souligne Michel Delpon. «  Il y a les 7,2 milliards pour développer une production d’hydrogène vert rentable, plus 1,5 milliard pour l’Airbus hydrogène, et d’autres budgets pour développer l’usage de ce gaz dans le chauffage des logements et l’agriculture », détaille-t-il.

« Le groupe d’études a été constitué en 2019 pour que l’hydrogène soit exploité à sa juste valeur. La massification de son usage aura pour effet la baisse de son prix. A 2 euros le kg, il sera équivalent à celui du pétrole et du gaz naturel », assure-t-il. « Des amendements ont tout récemment été adoptés concernant l’hydrogène vert dans le cadre de la future loi Climat et Résilience », précise le député.
 

Un livre au public large

« Le livre s’adresse aux élus, dont les présidents des régions, mais aussi au grand public, aux étudiants, aux instituts de recherche, etc. On va parler encore plus de l’hydrogène dans les jours qui viennent », avance le député de la Dordogne. « Trois grands secteurs sont concernés par ce produit. La mobilité bien sûr. Mais aussi, et on n’en parle pas assez, l’industrie. Déjà pour la fabrication de l’acier qu’on retrouve dans l’automobile et pour lequel de l’hydrogène gris est utilisé en grandes quantités actuellement. Egalement pour le ciment, le béton, le plastique, etc. Le troisième secteur, c’est pour le chauffage des logements et autres bâtiments », liste-t-il.

« Il existe déjà des cas d’utilisation de l’hydrogène pour des voitures. Ainsi pour les taxis Hype. Mais, globalement, pour les véhicules légers, le développement se fera en fonction de la progression du maillage en stations d’avitaillement », illustre-t-il.


 

Pour la mobilité lourde d’abord

« Ce sont d’abord les véhicules lourds qui rouleront à l’hydrogène. Prenez un camion frigo. Il a 2 moteurs. Un pour le faire avancer, et l’autre pour la production du froid. Ce deuxième bloc n’est pas assujetti aux normes antipollution. Les grands constructeurs doivent faire leur mutation », complète Michel Delpon.

« Dans l’Hexagone, 400 stations hydrogène seront en service en 2030. Je pense en particulier à la transversale Espagne-Europe du Nord. C’est un véritable mur de camions. Ils sont souvent à l’arrêt ou à petite vitesse, avec des bouchons, comme à Bordeaux. Ce sera pire encore en 2030 », estime-t-il. « Avant de concerner les particuliers, la mobilité hydrogène sera donc appliquée aux camions, autobus, autocars, bennes à ordures ménagères, camionnettes, flotte des collectivités, etc. Ainsi qu’aux paquebots porte-conteneurs et aux trains », détaille-t-il.
 

Les trains, les avions et les vélos aussi

« Le train à hydrogène est déjà une réalité pour les Allemands depuis 2017, grâce à Alstom. Je l’ai vu à Hambourg : 0 pollution, 0 vibration, 0 pollution sonore. Et mille kilomètres d’autonomie. C’est un vrai succès ! Cet exemple m’a encouragé dans ma démarche pour le développement de l’hydrogène vert », témoigne le président du groupe d’études à l’Assemblée nationale.

« La petite mobilité est également concernée. Ainsi les vélos. Du côté des avions, il y a le projet d’Airbus, pour les grands trajets internationaux. Mais auparavant, ce sont des appareils de plus petits gabarits, pour 6 à 30 personnes, qui seront lancés. Les gros porteurs vont être interdits pour des trajets intérieurs comme Paris-Bordeaux. De petits avions à hydrogène pourront desservir de telles lignes », met en avant notre interlocuteur.


 

Une dynamique portée par les territoires

« La région Auvergne-Rhône-Alpes est très dynamique sur l’hydrogène. Le territoire accueille la ‘Zero Emission Valley’. Elle abrite de grandes entreprises et coentreprises qui ont pris le dossier en main. Ainsi Michelin avec le fabricant de piles à combustible Symbio. HRS va créer 100 stations d’avitaillement pour la France », explique le député.

« En région Nouvelle-Aquitaine, des groupes électrogènes à hydrogène équipent le port de Bordeaux et l’antenne de Sarlat de la DGAC, la Direction générale de l’aviation civile. Déjà en service, ce dernier sera inauguré dans les jours qui viennent », cite-t-il. « A Bergerac, un projet jumeau est à l’étude sur le barrage, porté par la communauté d’agglomération et le département. Le site permettra de produire de l’hydrogène vert par électrolyse, et d’ouvrir un stade d’eaux vives pour le canoë-kayak, comme à Pau », révèle-t-il.
 

Montée en puissance des énergies renouvelables

« Le livre évoque aussi la montée en puissance des énergies renouvelables. Les besoins sont énormes. Et nous avons plusieurs sources à disposition : hydraulique, éolien dont offshore, méthanisation avec le recyclage des déchets dans le cadre d’une économie circulaire, géothermie », aligne Michel Delpon.

« Et aussi le photovoltaïque qui est le plus facile à développer et le plus compétitif. Il est moins cher que le nucléaire. On a su diviser pas 6 son coût. On fera de même avec l’hydrogène », promet-il. « Le rendement de ce produit va être amélioré. Son usage est incontournable pour réduire de 70 à 50% la part du nucléaire en France à horizon 2035. Cette ambition correspond à la fermeture de 12 à 14 réacteurs. A compenser par les nouvelles énergies, dont l’hydrogène », conclut l’auteur de cet ouvrage disponible depuis le mois dernier.
 
 
H2 Mobile et moi-même remercions vivement le député pour sa disponibilité et la rapidité avec laquelle il a répondu à notre sollicitation d’entretien.