Interview : B.E. Green trace sa route avec l'hydrogène

Interview : B.E. Green trace sa route avec l'hydrogène
Loueur d’autobus et autocars électriques à batterie et/ou à pile hydrogène, B.E. Green a signé la première précommande pour le minibus proposé par Hyvia sur la base d’un Renault Master. Cet épisode est l’occasion pour Patrick Mignucci de présenter l’implication de son entreprise dans la mobilité hydrogène.
 
Créée en 1971, la société de transport de personnes Autocars Dominique a donné naissance en 2009 à B.E. Green reconnue comme premier loueur multimarque en France de véhicules électriques. Installée à Buc, dans les Yvelines, cette filiale se présente comme un accélérateur en écomobilité. En une dizaine d’années, B.E. Green a affiné son offre. En plus de formules à la carte, l’entreprise propose aux exploitants publics et privés des locations à courtes ou longues durées. Les premières, de 24 heures à 1 mois, leur permettent de découvrir les atouts de la mobilité électrique. Les contrats signés pour 6 à 24 mois concernent une exploitation régulière.
 
« Nous recevons de plus en plus de demandes, notamment pour nos locations saisonnières à destination des stations balnéaires et de sports d’hiver », commente Patrick Mignucci. Le catalogue de B.E. Green propose aussi des offres pour assurer le transport lors de congrès, salons, séminaires, lancements de produits, spectacles, etc. Sans compter la location-vente.
 

Un premier City Bus H2-Tech par Hyvia pour l'été 2022

Hyvia est une coentreprise détenue à parts égales par le groupe Renault et le concepteur américain de systèmes à base de piles à combustible hydrogène Plug Power. Elle avait annoncé au début de l’été dernier la prochaine sortie de 3 modèles d’utilitaires hydrogène développés sur la base du Master.
 
Baptisé Van H2-Tech, le fourgon a été révélé mi-octobre. Un mois plus tard, Hyvia levait le voile sur le châssis cabine Cab H2-Tech et le minibus City Bus H2-Tech. Nous apprenions dans la foulée que ce dernier modèle, qui peut transporter jusqu’à 15 personnes (9 assis + 6 debout), avait déjà été précommandé par B.E. Green. Et même que l’entreprise de Buc était la première à effectuer cette démarche. Un coup de tête à l’occasion du Salon des maires et des collectivités locales ouvert à cette date ?
 
« Nous avions déjà discuté fin octobre avec Hyvia, dans le cadre du salon HyVolution. Nous avons concrétisé par une précommande, au Salon des maires, notre souhait d’acquérir un premier exemplaire du City Bus H2-Tech. Et nous avons confirmé début décembre notre demande lors des Journées Agir à Albertville », détaille Patrick Mignucci. « Dans les salons du monde d’avant, tous les modèles matures étaient présentés. Aujourd’hui, les nouveautés à venir sont déjà proposées. Nous ne sommes plus dans les mêmes démarches. L’achat d’un nouveau véhicule se prépare désormais bien en amont », explique-t-il.« HyVolution, Salon des maires, Journées Agir : B.E. Green tenait un stand dans chacun de ces événements. Il s’agissait de présenter l’activité de l’entreprise et son offre en prestations. Nous sommes référencés à la CATP, la centrale d’achat du transport public », précise le dirigeant fondateur de B.E. Green.
 
« Bien avant la concrétisation et les communications officielles, nous avons eu des contacts avec l’équipe de développement d’Hyvia, plusieurs mois avant les salons. Nous connaissons depuis 11 ans Pierre Midrouillet qui la dirige, et qui a travaillé sur le City Bus H2-Tech. Nous sommes en contact avec lui depuis PVI Groupe Renault et Gépébus », nous apprend Patrick Mignucci.


 
L’architecture Dual Power du City Bus H2-Tech compte une batterie lithium-ion d’une capacité énergétique de 33 kWh implantée à l’avant tout proche du conducteur, et une pile H2 d’une puissance de 30 kW. Cette dernière est dissimulée au niveau du toit. Tout comme le réservoir de 4,5 kg d’hydrogène stockés sous 350 bars qui l’alimente. De quoi parcourir 300 kilomètres. Entre les 2 roues avant, le moteur électrique développe une puissance de 57 kW (78 chevaux). Construit en France à l’usine de Batilly (54), le minibus présente une garde au sol assez basse pour faciliter l’accès à bord des passagers à mobilité réduite.

« Nous devrions recevoir notre City Bus H2-Tech à la fin du premier semestre de 2022. Il sera auparavant expérimenté chez un certain nombre de clients, en situations réelles, dans le courant du deuxième trimestre de l’année prochaine », expose Patrick Mignucci. « Nous avons des clients qui l’attendent avec impatience. Sauf problème, nous devrions en commander d’autres exemplaires à l’avenir. Nous pensons déjà à le louer en région, notamment par l’intermédiaire de nos antennes en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Auvergne-Rhône-Alpes, en fonction des stations d’avitaillement disponibles », avance-t-il. « A Buc, nous sommes seulement à 900 mètres de la station Air Liquide des Loges-en-Josas. Ce qui aide à l’exploitation des bus H2 », souligne notre interlocuteur.
 

Pionnier de l’hydrogène

L’histoire de B.E. Green avec l’hydrogène ne date pas d’hier. En 2016, la filiale des Autocars Dominique avait signé avec PVI pour recevoir 2 exemplaires de l’Oréos 4X hydrogène présenté alors comme le premier bus « plug-in electric/hydrogen ». Une démarche parfaitement en adéquation avec l’expérience de B.E.Green dans l’eco-mobilité et la transition énergétique adaptée au transport de voyageurs.
 
Ces 2 autobus hydrogène devaient assurer un service quotidien sur des lignes de plus de 250 km dès le deuxième semestre 2017. « Il s’agissait de modèles de 10 mètres pour 55 places, fruit du travail commun entre PVI et Symbio devenu Faurecia. Le projet Oréos 4X hydrogène aura été de courte durée, puisque ces véhicules ne sont jamais sortis », explique Patrick Mignucci.
 

5 bus Safra Businova H2 en circulation à Versailles

B.E. Green a reçu son premier exemplaire de bus électrique à pile H2 Safra Businova le 27 février 2020. « Nous avons obtenu 5 unités dans le cadre du programme FCH JU qui prévoit le déploiement en Europe de 138 bus fonctionnant à l’hydrogène. Ce qui nous a permis de bénéficier de subventions pour les acquérir. Notre candidature a été acceptée en 2018 », se souvient le dirigeant fondateur de B.E. Green. C’est Air Liquide qui avait alors approché l’entreprise à la suite du désistement de la ville de Rome.


 
« Safra s’est lancé aussi dans le rétrofit hydrogène de bus diesel », met en lumière Patrick Mignucci. Il reconnaît bien sûr « avoir essuyé quelques plâtres, comme tout le monde dans les nouvelles aventures industrielles ». Mais il qualifie cet épisode de « début d’expérience sérieuse avec l’hydrogène ». Equipé ATEX, l’atelier de B.E. Green peut assurer la maintenance de ses bus H2.
 
Avec une autonomie de 300 km à l’hydrogène, à laquelle s’ajoute 100 km sur la batterie lithium, les 5 bus Safra Businova sont loués à Keolis Versailles et exploités sous l’autorité d’Ile-de-France Mobilités. Ils circulent 7/7 sur la ligne 6, entre le Satory Mobilab et la gare de Viroflay. Ils parcourent chacun entre 280 et 320 km commerciaux.
 
Avec ces 5 bus fonctionnant à l’hydrogène, la flotte de B.E. Green a atteint les 40 véhicules électriques. L’entreprise des Yvelines travaille aussi avec Van Hool, Caetano Toyota et Solaris qui proposent également des modèles de bus à hydrogène.
 

Bientôt un tour de France en autobus hydrogène

B.E. Green espère lancer au 4e trimestre 2022 ou au premier de 2023 son « Tour de France en autobus à hydrogène », en partenariat avec Agir Transport et la CATP. Objectif de cette opération : « Rendre l’expérimentation d’un autobus à hydrogène accessible à tous et promouvoir le mix énergétique sur le territoire français ». Concrètement, l’entreprise louerait aux réseaux volontaires un bus hydrogène. S’il n’y avait pas de site d’avitaillement sur le territoire, une station mobile serait fournie.
 
« Trois bus hydrogène standard 12 mètres à 2 ou 3 portes, pour 85 à 95 places, seraient mobilisés pour cette opération. Nous n’avons pas encore effectué le choix des modèles. Les collectivités locales, agglos et opérateurs intéressés auraient la possibilité de les louer pendant 3 à 6 mois. Nous espérons pouvoir utiliser les sources renouvelables pour effectuer les ravitaillements en énergie », conclut notre interlocuteur.

 
 
H2 Mobile et moi-même remercions pour le temps pris à répondre à nos questions.

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