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Philippe Boucly (Afhypac) : « On va faire plusieurs Airbus de l'hydrogène »

Philippe Boucly (Afhypac) : « On va faire plusieurs Airbus de l'hydrogène »
A l’occasion du salon Hyvolution, H2-mobile a pu s’entretenir avec Philippe Boucly, Président de l’association française de l’hydrogène (AFHYPAC). L’occasion de faire un point sur le développement de la filière et ses enjeux pour les années à venir.
 
Se définissant comme un « vieux briscard » de l’hydrogène, Philippe Boucly suit la filière depuis de nombreuses années. Elu en 2017 à la tête de l'Association française pour l'hydrogène et les piles à combustibles (Afhypac), il témoigne pour H2-Mobile du décollage du secteur.
 
« L’hydrogène a connu un certain nombre de faux départs depuis 40 ans. Je crois que nous sommes aujourd’hui sur un vrai départ » estime notre interlocuteur qui cite plusieurs éléments de contexte. « Il y a l’urgence climatique, les couts de l’électricité renouvelable qui ont diminué considérablement et les couts des technologies qui ont baissé et qui ont encore un potentiel de réduction ».
 
Si tout semble s’accélérer depuis 2019, le lancement de cette nouvelle dynamique remonte à 2016, date à laquelle un appel à manifestation d’intérêt était lancé par les Ministres Macron et Royal. « Toutes les régions ont répondu. Il y a eu une soixantaine de projets déposés. Il n’y avait pas d’argent mais cela a montré la dynamique » souligne le Président de l’AFHYPAC. Arrive en 2017 l’élection d’Emmanuel Macron et la nomination de Nicolas Hulot à la tête de l’écologie. « A l’été, nous avons été réunis à la demande du Président. ‘J’ai l’intuition que l’hydrogène peut nous aider dans la transition écologique, aidez-moi a transformer cette intuition en conviction’ nous avait-il alors confié » poursuit Philippe Boucly.

Un an plus tard sort le plan Hulot sur l’hydrogène derrière lequel découlent plusieurs appels à projets lancés par l’ADEME. « Sur 2019, il y a 59 projets qui ont été déposés dans la mobilité pour un montant total de 1,2 milliard d’euros et soutenus par ADEME a hauteur 80 millions d’euros. Il y a aussi eu une dizaine de projets déposés sur le volet industrie. 5 ont été retenus pour un financement de 11 millions d’euros. Cela veut dire que plus de 90 millions qui ont été apporté en 2019 aux technologies hydrogène » chiffre Philippe Boucly. « Parallèlement, certaines régions ont sorti leurs plans : Occitanie (150 millions d’euros), Bourgogne Franche-Comté (90 millions d’euros). Auvergne-Rhône Alpes a aussi fait avancer le projet Zero Emission Valley. L’Ile de France regarde, d’autres ont publié leurs feuilles de route » complète-t-il.
 

Regrouper les usages et fédérer les acteurs

« Notre action à l’AFHYPAC va être de fédérer les acteurs et de regrouper les usages de façon à faire baisser les coûts, avoir des sortes de consortiums d’utilisateurs ce qui contribuera à rassurer ceux qui financeront les projets » détaille Philippe Boucly.
 
« Ces efforts sont tout leur sens si l’hydrogène est renouvelable ou bas carbone » avertit-il. « Il ne faut pas segmenter les choses mais avoir une approche globale en mutualisant les usages tant dans la mobilité que dans l’industrie. Le prix de revient de l’hydrogène sera d’autant plus bas si les quantités sont importantes ».
 

Une démocratisation entre 2025 et 2028

Si la dynamique est là, il faudra encore quelques années avant d’assister à une véritable démocratisation, en commençant par les bus. « Je dirais entre 2025 et 2028 pour que cela devienne vraiment significatif et que plusieurs villes disposent de lignes à hydrogène » estime notre interviewé. « Il faut une masse critique pour chaque collectivité. Il ne faut pas trois bus mais 40 à 50. Il faut aussi un véritable engagement de la part des constructeurs européens pour qu’ils lancent des chaines de production » avertit-il. Quant au coût de l’hydrogène, le président de l’AFHYPAC estime que son prix devra se situer entre 5 et 7 euros du kilo pour afficher une équivalence avec d’autres filières.
 
Quid des camions ? Des voitures ? « Pour les camions nous réalisons une étude. Sur la voiture, Toyota doit passer à 30.000 véhicules par an contre 3000 aujourd’hui. Le changement d’échelle est là aussi même si 30.000 au niveau mondial ne reste pas grand-chose pour un groupe comme Toyota » répond notre interviewé.
 

Enjeu industriel

« L’enjeu est désormais industriel. Il faut que l’on ait cette maitrise de la production afin de ne pas être obligés d’amener des composants d’autres pays » explique notre interlocuteur. Une volonté d’indépendance destinée à ne pas reproduire la même erreur que la voiture électrique vis-à-vis de la production de batteries, aujourd'hui dominée par des acteurs asiatiques.
 
« On va faire plusieurs airbus de l’hydrogène. Mon rêve serait qu’il y ait un grand constructeur de bus à hydrogène en France, un grand constructeur de piles – il y a Symbio mais il pourrait y avoir d’autres – et un grand constructeur d’électrolyseur » liste Philippe Boucly. « Je suis assez satisfait de ce qu’on fait en France. On fait des petits pas mais chaque jour un nouveau. Alors que nous faisions un complexe vis-à-vis de l’Allemagne il y a quelques années, nous sommes désormais dans le peloton. A nous de continuer à aller de l’avant ! ».