L'Asie nouvel eldorado de la filière hydrogène ?

L'Asie nouvel eldorado de la filière hydrogène ?
Dans le cinquième épisode de son podcast « La Minute Hydrogène », Air Liquide revient sur le développement de la filière sur le continent asiatique. Chercheuse à l’IEEJ, l'Institute of Energy Economics Japan, Monica Nagashima met en avant trois pays précurseurs : le Japon, la Chine et la Corée du Sud.

Bon nombre de pays développent des stratégies hydrogène. Chacun avec ses raisons et ses priorités. En Asie, trois grands pays sont en compétition pour développer l’hydrogène sur leur territoire mais aussi pour créer un savoir-faire industriel à exporter sur le marché international.

Japon : un pays précurseur

Le Japon a été un des premiers pays à élaborer une stratégie pour le développement des technologies hydrogène. « Diverses entreprises au Japon ont développé un large éventail de technologies liées à hydrogène dont beaucoup à un stade relativement avancé. Le gouvernement qui soutient désormais l’ensemble de la chaine d’approvisionnement étudie plusieurs modes de transport et stockage ainsi qu’un vaste ensemble d’applications » explique Monica Nagashima, chercheuse au sein de l'Institute of Energy Economics Japan (IEEJ).

Un pays dans lequel l’hydrogène va bien au-delà du simple secteur de la mobilité. « Quand on pense hydrogène on imagine souvent une voiture équipée d’une PAC mais une société de l’hydrogène doit aller au-delà de ça » explique la chercheuse. « Le Japon importe plus de 90 % de son énergie. La faible superficie du pays limité le développement de l’éolien et du solaire et l’arrêt du parc nucléaire après Fukushima a rendu le Japon encore plus dépendant des énergies fossiles ».

Ambitionnant de réduire de 80 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050, le Japon a défini deux objectifs prioritaires sur l’hydrogène : rendre la molécule compétitive par rapport aux autres énergies et réduire le coût des infrastructures. « Le Japon est sans doute le pays où il y a le plus de stations hydrogène – 116 actuellement – mais leur coût est presque deux fois plus élevé qu’en Europe à cause d’une réglementation très stricte et contraignante qui spécifie le type de matériaux utiliser pour leur construction. Il y a aussi des règles concernant les dimensions et l’espace autour de ces installations. Dans des villes comme Tokyo où le foncier est très cher, cela peut alourdir les coûts » détaille Monica Nagashima.

Chine : un géant en éveil

Après avoir longtemps concentré ses efforts sur les voitures électriques à batteries, la Chine a depuis réorienté sa stratégie et ses financements vers l’hydrogène. Elle vise un objectif de 230 millions de véhicules à pile à combustible sur les routes d’ici 2030. « La chine étant le plus gros marché mondial de voitures électriques à batterie, il est peut-être difficile d’envisager le développement des voitures individuelles hydrogène. Il y a toutefois un engouement pour les transports lourds : camions et bus. » analyse la chercheuse de l’IEEJ.

« Pour le moment, l’industrie chinoise des piles à combustible en est à ses débuts comme celle des piles au lithium en 2012. La recherche sur les PAC est soutenue par les politiques et les gouvernements locaux qui cherchent à créer des industries locales » explique Monica Nagashima qui cite pour exemple la ville de Zhangjiakou qui prévoit la mise en place de 70 bus à hydrogène dans le cadre des Jeux Olympiques 2022.  

Corée du Sud : Hyundai pour fer de lance

En Corée du Sud, l’hydrogène a également pris une importance particulière et l’Etat finance à hauteur de 50 % l’acquisition de voitures à pile à combustible. Objectif : déployer 820.000 véhicules et 700 stations à travers le pays d’ici 2030.  

« La Corée du Sud est très axée sur le développement des voitures à pile à combustible et des grands générateurs électriques à pile hydrogène. Hyundai est le premier constructeur au monde à avoir lancé une voiture à PAC en 2013.A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de demande mais 5 ans plus tard, Hyundai a sorti une autre voiture hydrogène (Hyundai Nexo ndlr) qui a largement dépassé la Toyota Mirai dès la première année » précise Monica Nagashima.

Des enjeux colossaux

« La stratégie de la Corée du Sud ainsi que les efforts de la Chine sont motivés par une concurrence industrielle visant à développer des technologies compétitives à exporter partout dans le monde. Le gouvernement japonais estime que le marché de l’hydrogène devrait atteindre 9 milliards de dollars en 2030 et 75 milliards de dollars en 2050. Les enjeux sont énormes »