Hydrogène bas carbone : pour le CEA, l'Europe risque de rater ses objectifs

Hydrogène bas carbone : pour le CEA, l'Europe risque de rater ses objectifs
Source : Image de wirestock sur Freepik
Baptisée SISYPHE, l’étude du CEA estime que la demande actuelle des industriels pourrait être en deçà des objectifs européens et liste les leviers permettant d’inverser la tendance.  

Alors que la Commission européenne affiche des ambitions fortes pour la production d’hydrogène renouvelable dans le cadre de son plan REPowerEU, la nouvelle étude Sisyphe du CEA jette un pavé dans la mare.

Dans le cadre du projet, le CEA a interrogé 70 industriels européens pour évaluer leurs besoins potentiels en hydrogène. La demande annuelle en hydrogène électrolytique projetée par l’étude s’élèverait ainsi de 2,5 millions de tonnes en 2030 et de 9 millions de tonnes en 2040. Une projection bien en deçà des 20 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable visés par l’Europe en 2030.
 
Mobilité : l’utilitaire léger à hydrogène pour levier de croissance

S’intéressant aux perspectives des différents secteurs, le CEA estime que la sidérurgie et le transport aérien seraient les deux principaux moteurs de la demande en hydrogène électrolytique d’ici à la fin de la décennie. 

Concernant la mobilité terrestre, les projections sont contrastées. Alors que l’électrique à batteries s’impose aujourd’hui sur le véhicule particulier et que le développement des poids lourds à hydrogène reste balbutiant, l’utilitaire léger à hydrogène est considéré comme le principal levier de croissance d’ici à 2030, sous réserve que le développement des stations soit aussi au rendez-vous.

Le rapport aborde également le transport maritime, évoquant « une volonté de transition » du secteur mais des cibles réglementaires trop éloignées qui limiteraient le développement sur la décennie actuelle.

Des freins identifiés…

Si de nombreux industriels souhaitent passer à l’hydrogène produit par électrolyse, l’étude du CEA met en avant plusieurs freins. Alors que le coût, aujourd’hui bien plus élevé que le fossile, est naturellement mis en avant, le rapport pointe également une réglementation jugée à la fois trop contraignante et fluctuante par les industriels sondés. A cela s’ajoutent les problématiques d’approvisionnement liées à l’absence d’infrastructures de transport et au manque d’électrolyseurs grande puissance.

« Ces freins pourraient entraîner la délocalisation hors d’Europe non seulement de la production d’hydrogène et de ses molécules dérivées, mais également de certaines productions « finales » (engrais azotés, acier...) plus faciles à transporter » note l’étude Sysyphe qui souligne le risque de désindustrialisation et de perte de souveraineté de l’Europe.


… et des leviers à activer

Pour atteindre les objectifs projetés, l’étude du CEA estime que l’activation de plusieurs leviers sera nécessaire, dont le « passage à l’échelle » des installations en appuyant la R&D pour accompagner le développement et l’industrialisation d’électrolyseurs de forte puissance.

Les mécanismes de soutien doivent également être clarifiés avec des dotations financières en cohérences avec les objectifs. « Les acteurs interrogés plaident pour des règles s’inspirant des dispositifs de l’IRA (Inflation Reduction Act) qui sont perçus comme beaucoup plus simples et incitatifs » note le rapport du CEA.
 
La question des importations

Si l’étude reste essentiellement concentrée sur la production interne, elle évoque également la question des importations avec une approche à deux niveaux :
  • Pour les pays disposant d’une électricité faiblement carbonée ou à fort potentiel de développement des ENR, la production locale pourra être envisagée
  • Pour les pays où le développement des ENR est plus limité, notamment le Benelux et l’Europe centrale, la stratégie s’oriente davantage vers les importations, mais avec des enjeux forts en matière d’infrastructures.


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