La très discrète société Koloma, basée à Denver, a levé 82 millions d’euros pour forer des puits d'hydrogène et prélever ainsi de l’hydrogène géologique (hydrogène blanc) sans carbone (généré en continu sous terre). Parmi les investisseurs, Bill Gates qui a probablement pressenti l’énorme potentiel de cette société qui a déjà déposé 16 brevets. Si l’exploitation se relève effectivement possible, Koloma serait idéalement placée pour fournir un marché mondial estimé à près de 1 000 milliards d’euros.
Histoire singulière que celle de
Tom Darrah, cofondateur de
Koloma. Il y a 37 ans, un feu de charbon souterrain dans la mine de Centralia (Pennsylvanie) a forcé sa famille à fuir sa maison.
Aujourd’hui encore, l'incendie se propage sous terre dans les veines de charbon fracturées : il s’étend sur 1,6 kilomètre carré au rythme de 15 mètres par an et devrait cracher du dioxyde de carbone et du sulfure d'hydrogène toxique pendant plus de 250 ans.
Depuis, Tom Darrah est devenu professeur de sciences de la terre à l'université de l'État de l'Ohio, mais surtout un des plus grands experts mondiaux de
l'hydrogène dit « géologique » ou « blanc » (présent dans de vastes gisements le long des plaques tectoniques, là où les conditions sont réunies pour que l'élément le plus léger de la planète reste sous sa forme pure et gazeuse).
Les forages d’hydrogène remplaceront ceux pour le pétrole
En parallèle, il a fondé il y a deux ans Koloma, une start-up (jusqu’alors très discrète) qui a déposé
16 brevets relatifs aux moyens et méthodes pour trouver et extraire efficacement l'hydrogène géologique. Au vu des deniers progrès des recherches de Koloma, Tom Darrah est convaincu que, dans un avenir proche, nous forerons pour prélever l'hydrogène tout comme nous avons historiquement foré pour le pétrole et le gaz. Opérant secrètement jusqu'à présent, Koloma a foré ses premiers puits dans le Midwest, en testant des échantillons de roche et de gaz pour déterminer quels sites ont le meilleur volume et la meilleure pureté d'hydrogène.
L’émergence soudaine du projet et ses résultats très prometteurs viennent de lui permettre de lever, en un temps record, 82 millions d’euros, ce qui en fait la startup la mieux financée du secteur. Parmi les nouveaux actionnaires, Energy Impact Partners, EvÅk Innovations, Prelude Ventures, Piva Capital, et surtout Gates’s Breakthrough Energy Ventures (l’une des fondations de
Bill Gates, très présent dans le secteur de l’hydrogène). La fin de l’action « secrète » de Koloma !
Les investisseurs ne s’y sont pas trompés : autour de la production d’hydrogène le marché est énorme. À l'heure actuelle, il est évalué à plus de 110 milliards d’euros, mais pourrait atteindre 225 milliards d’euros d'ici à 2030 pour flirter avec les mille milliards d'ici à 2050 (source Goldman Sachs).
L’état américain subventionne d’ailleurs très largement ses entreprises du secteur, persuadé de l’enjeu stratégique que représentera demain la production d’hydrogène.
Des billions de mètre cubes hydrogène blanc disponibles
Si les incitations américaines de plusieurs milliards de dollars ciblent l'hydrogène « vert » - fabriqué à partir d'eau et d'énergie renouvelable - ou l'hydrogène «bleu» fabriqué à partir de gaz naturel (mais avec du carbone sous-produit) ; Koloma pense que l'
hydrogène géologique - également appelé blanc ou or - sera beaucoup
moins cher et moins énergivore à produire, et surtout disponible en abondance.